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 RAYNA RAYKOUM

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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Jeu Déc 25, 2008 8:43 am

Bras ballants, chaussures meurtries

par Kamel Daoud
On mange, et puis c'est tout ! », disent les villages de l'Algérie, les uns aux autres, groupés autour des bouteilles de gaz. De mémoire de chroniqueur, jamais les Algériens n'ont baissé les bras aussi bas et réduit si abruptement leur destin à leurs chaussures. Même à l'époque du grand terrorisme cannibale, les gens étaient soit vivants, soit morts, soit profitant des deux. Aujourd'hui, on ne peut même plus faire la différence et les gens semblent avoir perdu même l'espoir d'un désastre grandiloquent capable de laver ce pays à grande eau. Lui offrir le départ nu d'un nouveau-né. Ou l'espoir d'un changement par effondrement honteux et usure de la vieille garde.

Aujourd'hui, du douar au centre-ville des villes, il y a résignation : on est convaincu de trois choses et d'une manière définitive. 1°- La vieille garde ne peut pas mourir puisqu'elle peut se régénérer avec la peau de larbins plus jeunes. 2- Rien ne sert à rien au pays des vents. 3 — Il ne sert à rien d'attendre, de s'émouvoir, ameuter, casser, résister, écrire ou dénoncer ou planter des platanes. On croyait le nihilisme une sorte de caprice d'intellectuel, aujourd'hui, on en voit la buée sur les yeux des plus humbles. Et ce nihilisme se sent, se voit et se discute presque en silence dans tout le pays depuis quelques mois.

Car, à la fin, ce n'est même plus du pessimisme reconnaissable à ses bras ballants, mais du simple constat : on a tout essayé et cela n'a pas marché. Il y a eu ceux qui ont opté pour la prison, ceux qui ont pris les armes, ceux qui ont tellement écris qu'ils ont débouché dans leurs encriers d'enfance, ceux qui ont fait des sit-in avant de se faire marcher dessus par leur époque, ceux qui ont protesté, ceux qui se sont exilés, ceux qui se sont tournés vers Dieu et ceux qui se sont tournés vers leur enfants pour garder l'espoir. Rien n'y a fait : le grand totem étatique a certes subi des affaissements, des menaces, a chancelé un moment, mais n'est jamais tombé et reste le Totem national qui vous nargue par la fenêtre de l'ENTV. A chaque fois, il s'en sort vivant depuis l'Indépendance. Aujourd'hui donc, et comme presque jamais depuis les Romains, les Algériens semblent se résigner mathématiquement à leur sort. Leur désir de changement, leur affect connu dans le Maghreb et leur force de violence, ils les retournent vers le voisin, le parent malodorant, le guichetier ou les vieux célibataires qui habitent trop seuls dans l'immeuble et qui ne vont pas à la mosquée.

La nouvelle certitude est qu'on ne peut pas changer le monde, ni l'Algérie, ni l'Etat. Alors, on change de trottoirs pour continuer à vivre comme un intestin. Ce n'est pas du pessimisme comme on peut le reprocher : c'est de l'éclairage public alimenté par les évidences quotidiennes.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Sam Déc 27, 2008 10:46 am

Les Youyous d'une Algérie qui va à la tente

par Kamel Daoud
L'image semble avoir fait le tour du pays: les youyous d'une ancienne présentatrice de l'ENTV, aujourd'hui élue d'une des deux chambres parlementaires, pour soutenir le 3e mandat de l'actuel président. En réaction, une partie du peuple a commenté, une autre s'est tenue le ventre à force de s'esclaffer, une tierce s'est sentie tellement gênée qu'elle a souhaité l'inexistence existentielle. Pourquoi? Parce que c'était hilarant: il ne nous restait que les youyous pour clore les prochains résultats électoraux. L'essentiel n'est, cependant, pas dans le spectacle mais dans son sens: comme dit par un fin observateur, il y a des choses, des habits, des boutons de chemise, des institutions qui ne nous siéent guère. C'est trop tôt pour nous. On ne peut pas passer de la décolonisation à l'institution rien qu'en mâchant: il y faut une histoire, des élites, des philosophes phosphorescents et une longue tradition. Et puisque cela nous manque, il y a chez nous des tas de mécaniques qui ressemblent à des tourne-disques exportés en masse vers des tribus encore au stade chamanique et de la cueillette. A l'exemple des urnes, des sénats, des collèges électoraux ou des gestions par suffrages universels. Il y a des moments où il faut qu'un peuple soit honnête envers lui-même: au lieu de copier les autres et s'y sentir forcé comme avec le port des chaussures avant l'invention du javelot, il faut se contenter de ce qui est vrai et commode: un Etat composé d'un Dey, de quelques officiers et d'une populace éparpillée en tribus. Dans notre cas, tout ce qui vient en plus de ce schéma sonne faux, est ridicule, en plus, et apparaît artificiel comme un gilet au-dessus d'une djellaba. Pourquoi gaspiller son temps avec la mode du suffrage universel là où l'institution de la Moubayâa par le Youyou est une tradition encore insurmontable? Pourquoi parler de pluralisme là où tout un peuple sait que les élections sont monogames? A quoi sert d'avoir un Sénat et une chambre basse pour faire croire qu'on représente le peuple là où le concept du Caïd accommode tout le monde? D'ailleurs, à quoi bon avoir un Constitution chez des peuples où il suffit à la mariée de garder le silence pour exprimer son consentement?

A la fin, et pour rependre le raccourci magnifique de Nietzsche, c'est l'étonnement qui est étonnant. L'élue du peuple a résumé en youyous tout ce que vient d'écrire le chroniqueur en haut. Autrefois comme aujourd'hui, c'est ainsi que l'on saluait le mort héroïque, le nouveau marié, la circoncision, l'enterrement, la Fat'ha et le retour de l'enfant prodige. Pourquoi pas un 3e mandat? Le Youyou était à sa place. Ce sont les deux chambres, les dix ans de pluralisme, la démocratisation et le reste des artifices qui étaient de trop.

On n'en a pas besoin: les hommes applaudissent, les femmes font fuser des youyous. Tout le reste, nous aurions dû le renvoyer avec les Français napoléoniens, dès l'Indépendance et ne garder que les routes, les ponts, les robinets et la certitude qu'il ne faut plus jamais se faire coloniser aussi longuement.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Lun Déc 29, 2008 10:14 am

le 28/12/2008

Ghaza: «La mort semble bien moins terrible, quand on est fatigué»


par Kamel Daoud
La citation terrible est de Simone de Beauvoir et elle explique chez nous la réaction par la télécommande au reste de notre monde. « Massacre à Ghaza ». Cela vous dit quelque chose ? Non, et même si vous aviez les cadavres sous les yeux, au beau milieu de l'assiette du repas de midi. Le mot n'a pas de sens. Contrairement au proverbe chinois, l'image ne vaut pas un seul mot lorsqu'elle est diffusée en boucle depuis des années, des décennies. Il y a chez les arabes aujourd'hui un rituel de « rétraction » vers l'insonore à chaque fois que la Palestine inexistante est bombardée alors qu'il n'en reste plus que les cimetières. La raison ? Les juifs eux-mêmes ont connu ce réflexe de suspension de la conscience aux portes des fours crématoires.

Brutalement, on conclut, sur le divan de la psychanalyse de la race, que ce qui lie la Palestine aux autres peuples de la même branche rachitique, c'est uniquement la télécommande. Il ne reste alors qu'à triturer ce massacre pour en extraire le sens : Ghaza c'est comme le reste de nos pays entre Allah et le mandat à vie. On y retrouve ce schéma meurtrier de notre époque : des islamistes agités, poussés vers l'usage kamikaze de tout leur peuple, en absolue rupture avec les urgences de leurs univers et à la conscience politique rudimentaire ; des « nationalistes » disqualifiés par la corruption, maintenus par leurs polices, incapables de répondre à leurs peuples autrement que par la manigance et les fraudes et que l'Occident utilise comme des secondes épouses pour ses traitements localisés de la question arabe.

Ghaza c'est cela, mais pas seulement. Comme chez nous, il faut y ajouter l'enfermement, l'infantilisation électorale, l'insulte des colis alimentaires comme seule économie possible, la harga par la chaloupe ou le tunnel, la construction des mosquées comme palliatif à la réinvention de la roue et la réduction de la liberté au calendrier commémorative. Tous comme chez nous, sauf qu'à Ghaza, les Palestiniens sont soit vivants, soit morts, là où chez nous, nous sommes impuissants à l'un ou l'autre règne. Gens de Ghaza, vous qui refusez la barbe comique et la poignée de main servile, que pouvons-nous pour vous de là où nous sommes ? « Quand on est morts, c'est pour longtemps » lit-on quelque part. Il faut donc comprendre que l'on se détourne de vous : banalement, ce sont nos cadavres affaissés que vous nous renvoyez, à chaque fois, à la figure ! L'image est plate. Comme la terre pour nous.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Lun Déc 29, 2008 10:20 am

29/12/2008

Six solutions pour Gaza


par Kamel Daoud
Que faire pour sauver Gaza? Que faire pour Gaza? 1°- Mandater Israël pour massacrer les islamistes locaux et donner, après les enterrements, à manger au gazaouites qui iront alors faire des siestes et cesseront de se faire pousser les barbes. C'est la solution des Moubarak(s) de notre époque, de chez nous au Yémen et c'est une leçon télévisée pour les islamistes de tous bords avec les cadavres des Palestiniens. Morts ou vivants, ce peuple, sans terre, a toujours servi. 2° - S'unir, monter dans des camions et partir vers les territoires occupés et se faire exploser, tous en même temps, en lançant des Allah Oukbar retentissants. C'est la solution des islamistes basiques, convaincus par le messianisme millénaire de l'arbre qui va dénoncer le juif caché.

La formule ne dit pas par où passer, qui va conduire les camions, qui payera le voyage à défaut des Saoudiens wahabbistes, comme à l'époque de l'Afghanistan contre les communistes. Elle ne dit pas aussi si les camions ne vont pas être stoppés aux frontières des pays «très frères», filtrés avec des combattants fichés, incarcérés ou retardés et renvoyés vers leurs pays d'origine avec communication de leur nom aux archives de la Global War. 3° - S'unir et bâtir un seul pays, fort, grand, riche, parlant d'une seule voix puisqu'il pratique déjà une seule langue et dont la main sera si longue qu'elle peut tirer de Tanger et la jambe si alerte qu'elle peut enjamber la Libye ou la Jordanie pour piétiner les Markava comme des fourmis blindées. La solution ne dit pas l'essentiel: quand on s'aime, on ne peut que s'unir certes et faire un. «Lequel?» dira alors Kadhafi comme l'avait dit un philosophe? 4° - Regarder et essayer de comprendre, puis s'émouvoir et changer de chaîne. C'est ce que propose la planète d'El Jazeera et compagnies. On prend une télécommande, on regarde, on soupire, on se lève, on fait ses ablutions et on demande à Dieu de s'occuper de «ça». Comme écrit il y a longtemps, l'Arabe a été une bouche avec sa poésie, puis un nez avec ses guerres de conquêtes, puis une oreille à l'époque d'Oum Kelthoum. Aujourd'hui, c'est un oeil avec El Arabiya. 5° - Dénoncer, se rassembler, puis se disperser. Marcher, crier puis brûler un drapeau. Cela sert les soupapes mais pas la Palestine.

Il n'y a rien de plus triste après la tristesse, que la foule des marcheurs arabes dans les rues qui tournent en rond autour du portrait géant du Président ou Roi local. D'ailleurs, il vaut mieux rester chez soi et grimper vers le ciel avec ses yeux, que d'aller marcher pour sentir, encore plus, les polices locales, les états d'urgence à vie et les absurdité oratoires de son propre pays. «La Palestine est une cause qui ne doit pas avoir des effets», pensent les régimes locaux qui ont peur des islamistes, de l'avenir, des colères, de Condoleeza Rice, de la maladie, des ONG et de leurs propres compagnons d'enfance.

6° - Bâtir dur des pays, travailler pendant des siècles, démocratiser jusqu'au rouge à lèvres, souder le peuple à son histoire, ne pas confondre la récolte et le mur des lamentations, libérer les opinions et les journaux, accepter la concurrence et les élections, accepter le monde comme une responsabilité et défendre chacun comme s'il était le dernier de sa race. Ainsi, on peut aller à Gaza et faire quelque chose, mais là, on ne sera presque plus des Arabes et déjà presque des Israéliens.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Mar Déc 30, 2008 9:19 am

Lettre à un Juif au lendemain d'un autre massacre

par Kamel Daoud
Mon frère juif, pourquoi tant de haine ? Que veux-tu faire avec toute la terre sous ta semelle ? Pourquoi tu es mon ennemi et pourquoi je suis le tien ? Comme je le suis aujourd'hui, tu as été errant autrefois. Comme je suis faible, tu as été dispersé hier. Comme je connais le deuil et la colère, tu as rêvé de ta liberté pour tous tes enfants. Pourquoi te venges-tu de ton histoire en enterrant la mienne ? Pourquoi veux-tu ma mort pour croire à ta vie ? J'ai grandi avec l'insulte pour ton nom, pour les tiens, avant de découvrir que je serais meilleur en gardant le silence. Je ne connais ni ta langue, ni ta mémoire, ni tes enfants, ni tes ancêtres, seulement toi : en arme devant moi, cherchant à me tuer là où je veux naître, prenant ma terre pour achever ton voyage, creusant mes tombes pour déterrer tes temples. On m'a dit que tu étais mon ennemi et tu fais pire. Que tu as trahi ma confiance pour me pousser à trahir l'homme en toi et en moi. Et j'ai grandi en refusant ta rencontre là où tu refusais mon existence. Comme moi, tu dois avoir un visage, une descendance qui te fera enjamber ta finitude, des ancêtres qui te parlent dans ton sommeil, un travail, une rue favorite, une femme qui partage ton nom, des photos d'autrefois et ton morceau préféré du ciel donné à tous. Tu dois croire, comme moi, que ta colère est juste, ton meurtre légitime, ton arme nécessaire et ton pays deux fois plus vaste que ta terre du moment. Tu dois sûrement croire que ton Dieu n'est pas le mien, qu'il ne parle qu'à ton oreille et que ton sang est plus sacré que le mien et c'est pourquoi tu me tues, là où je voudrais te tuer et tu le répètes chaque matin car, tu me vois partout et je t'accuse de tous mes deuils quand je remonte le temps. Comme moi, tu dois te sentir encerclé par ceux qui veulent couper tes routes, voler ta fortune et nier ton prénom. Comme moi, tu dois te sentir menacé à la gorge, te souvenir souvent de tes cimetières et te sentir écrasé sous ceux qui te gouvernent et te répètent que la paix est toujours proche là où tu fais la guerre. Qui connaît la fin de la guerre entre les miens et les tiens ? « Seuls les morts connaissent la fin des batailles », a dit quelqu'un que je ne connais plus. A quoi peut nous servir une terre plus petite que nos deux cimetières ? Que vaut la paix pour les morts qui y reposent déjà à ne savoir qu'en faire, pour toujours ? Comme toi, je souffre de porter le désert où je fus abandonné entre une source et une dune, là où tu te venges de tes exils même là où tu poses les pieds. Pourquoi écoutes-tu tes assassins, me poussant à suivre mes kamikazes ? Pourquoi ne vois-tu pas ma main, tremblante de refus, qui se tend vers toi, là où je ne vois plus ton visage humain sous le casque de tes soldats ? Pourquoi crois-tu que ma terre peut calmer ta vengeance, là où je crois que ta mort peut calmer ma colère ? Mon frère juif, quand est-ce je pourrais t'appeler mon frère et pas seulement mon cousin ignoré ? Quand auras-tu le courage d'être Juif et pas seulement Israélien et quand aurais-je celui d'être un homme et pas uniquement un Arabe ? ».
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nadia79

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MessageSujet: solution harba   Mar Déc 30, 2008 9:41 pm

S'unir, monter dans des camions et partir vers les territoires occupés et se faire exploser, tous en même temps, en lançant des Allah Oukbar retentissants. C'est la solution des islamistes basiques, convaincus par le messianisme millénaire de l'arbre qui va dénoncer le juif caché.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Mar Déc 30, 2008 11:30 pm

nadia79 a écrit:
S'unir, monter dans des camions et partir vers les territoires occupés et se faire exploser, tous en même temps, en lançant des Allah Oukbar retentissants. C'est la solution des islamistes basiques, convaincus par le messianisme millénaire de l'arbre qui va dénoncer le juif caché.
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qu'ils partent franchement on ne demande que ca, qu'ils aillent se faire exploser en palestine, afghanistan et en irak
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Lun Jan 05, 2009 10:54 pm

Kamel daoud

L'Arabe poussé à être Kamikaze ou à être rien

Finalement le choix de la "rue arabe "ce long boulevard des pas perdus est terrible :retour hystérique aux "allah akbar" rageurs ou silencieuse analyse des impuissances en cascade depuis la nekba et jusqu'à la pendaison de Saddam .c'est à dire soit la barbe , soit la télécommande .Et ce fragile équilibre policier que les régimes arabes ont cru un moment avoir réussi en verrouillant les expressions et en assimilant les islamistes soft, ce fragile équilibre vient de "casser" pour imposer ce que l'on redoute le plus dans la planète d'Allah :le retour du politique malgré les polices et les bureaucraties .Pour cette fois-ci ,les assassins d'Israël ont réussi à saper ce que ces mêmes régimes ont mis des années à construire :le statut quo entre eux et les islamistes , en évacuant les démocrates et tous ceux qui en appellent à la démocratie .Encore une fois c'est la radicalisation qui nous reste pour exprimer les colères et les courants forts islamistes doivent aujourd'hui jubiler qu'on ait réussi à leur offrir les opinions arabes sur un plateau, là où on leur a refusé par les urnes et les partis traditionnels .
Et pour ceux qui savent qu'on ne change pas le monde et les rapports de forces par les ablutions et les attentats, il n'y a rien de plus terrible que de voir tout ce beau monde entre assassins israéliens, régimes locaux, islamistes en quête de gisements et occidentaux castrés et hypocrites, se mettre en rangs pour radicaliser encore plus les opinions locales, les pousser vers les extrêmes meurtriers. Tout est fait pour faire basculer les derniers arabes vers la ceinture du kamikaze non seulement par leurs états et par les Etats occidentaux , mais surtout par ce dernier escadron des intellectuels occidentaux que l'on croyait défenseurs des valeurs et qui aujourd'hui , entre images , analyses , propagandes , soumissions et mauvaise foi, illustrent ce qu'on est pour eux et ce qu'ils sont pour nous .
Bien sûr, dans le tas, l'argument de nos régimes est hypocrite:dire que permettre les manifestations c'est risquer le désordre public et encourager les récupérations , c'est avouer avoir tout fait pour réduire l'opinion arabe soit à la servilité alimentaire, soit à l'islamisme de rechange et avoir tout fait pour effacer du registre l'alternative d'une opinion élaborée, indépendante, tolérante et consciente de sa force et de sa responsabilité. la menace islamiste a fonctionné un temps pour sauver les mandats à vie et valider les états d'urgence sans limites mais sa facture a été lourde : en empêchant la démocratisation , en refusant aux arabes de participer à la vie de leur pays , en leur volant leur voix et en empêchant leurs expressions, on les a poussés vers le camp adverse pour aujourd'hui, entre les servilités de l'occident et les impuissances évidentes , ces mêmes opinions n'aient pour seul cri que le fameux allah ouakbar, terrible souvenir des colères sans issues et morts sans raisons .
Le massacre des Palestiniens et les interdictions d'expression chez nous ont réussi à faire plus que des morts à Ghaza : partout dans le monde arabe aujourd'hui naissent des gens qui n'ont rien à perdre , nihilistes sans le savoir , suicidaires en colère , inutiles au bout du compte . Des peuples qu'on ne peut convaincre désormais ni de rester chez soi , ni d'en construire et qui ne savent penser que par la rage, l'arme ou la vengeance .Chaque Arabe est poussé à être soit un Kamikaze, soit à être Rien .Etre islamiste ou se sentir traître .Penser à libérer la Palestine pour espérer la liberté dans son propre pays .
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Sam Jan 10, 2009 8:53 am

Peut-on atteindre Tel Aviv avec des jets de chaussures?

par Kamel Daoud
A la deuxième semaine de massacres à Ghaza, on massacre. En Algérie, l'impuissance, l'interdiction des marches et El Jazeera ont déjà créé une rumeur : celle de la fin imminente du monde, « El Fanaa ». Une sorte de messianisme populaire en fait déjà le commentaire dans les cafés, et ce n'est pas une plaisanterie. Tout y est pour déclencher le mythe de la revanche messianique : le juif qui nous tue, la religion qui nous ravive, Hajouj et Majouj qui nous fabriquent nos autoroutes et nous colonisent avec le sourire, l'élection d'Obama et le martyre ininterrompu de Ben Laden et fils. C'est peut-être absurde et ridicule, mais cela permet de mesurer à quel point nous avons basculé, en foules, dans le phantasme faute de pouvoir nous amarrer au réel. Avec l'équation d'un mort israélien contre 100 palestiniens, il ne nous reste alors que ce confort immense de l'émotion, religieuse ou pas, qui ne veut tirer aucune leçon de sa propre histoire, mais seulement rêver de son beau épilogue passif. Qu'est-ce qui ne fonctionne pas dans notre histoire ? Pourquoi la ruine de l'Occident, le siècle dernier, lui a servi à se construire un capital de relance là où la pendaison de Saddam, l'invasion de l'Irak et le massacre de Qana ne nous servent qu'à multiplier les cris et à brûler les drapeaux de nos ennemis ? D'où nous vient cette impuissance à transformer l'histoire, la nôtre, en réflexion sur notre sort ? Pourquoi à chaque fois que l'on nous tue, nous refluons en groupe vers l'attente de la fin du monde, le hurlement, l'hystérie et l'amertume ? Aujourd'hui encore, acteurs sous-payés de CNN et d'El Jazeera, nous en sommes encore à nous rassembler pour un embarquement illusoire vers le cosmos ? « C'est la grande victoire des Occidentaux sur nous : nous n'avons plus que l'émotion inutile pour meubler notre univers. Nous ne savons plus faire de la politique, la réfléchir, penser à nos actes et ce que l'on peut faire », expliquera un universitaire au chroniqueur. Et ce fut la brusque révélation : c'est vrai. Il ne nous reste ni partis, ni associations, ni cerveau, ni Etat, ni nationalismes valables ni rationalité pour faire la part des choses entre le réel et le rouge à lèvres. Seulement l'émotion, entre des régimes terrifiés par le désordre au point de faire passer l'annulation des matchs de football pour un acte de solidarité avec la Palestine, des islamistes qui veulent faire la guerre avec des « Allah Ouakbar » en boucle et la futile conviction qu'on peut faire déguerpir l'Occident de chez nous en le lapidant avec nos chaussures importées. Le débat sur ce qui nous a menés à notre misère présente, nous, nos pays et nos ancêtres, n'a pas encore d'audience. Personne ne semble en vouloir. Tout le monde veut hurler plus que tout le monde.

ps: Désolée lezamis de ne pas avoir pu poster les jours passés car pas de quotidien one line , j'ai juste pu recopier le dernier
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Lun Jan 12, 2009 12:07 am

Le Califat d'Al-Qaradaoui est né !

par Kamel Daoud
Au final, il ne reste en Algérie, comme dans la plupart des pays arabes, que deux institutions : la matraque et la mosquée. Il y a presque une semaine, une marche organisée par des syndicalistes et des universitaires à Oran a été « durement » interdite. Les policiers du cordon avaient trouvé la parade pour éloigner les maraudeurs : « Ce sont des universitaires, éloignez-vous !». L'explication est suffisante : les élites sont minoritaires, isolées, facilement cassables, sans relais puissants. Les régimes le savent, les enjambent et les bastonnent trop facilement.

Avant-hier, sous l'effet de l'appel du Cheikh Qaradaoui, les marches ont fini par avoir lieu, et par casser les interdits administratifs et réunir les foules comme jamais depuis des années. Là, face aux courants des mosquées, les recettes policières ont fait dans l'humilité, ont laissé faire et ont même prêté main forte pour éviter les débordements. Les marcheurs n'étaient pas des islamistes uniquement, des partisans ou des «encadrés», mais des foules populaires, de toutes les générations et de tous les âges. Mais cela n'enlève rien à l'évidence : il s'agit de mouvements de foules qui ne peuvent profiter qu'aux courants islamistes, ici chez nous et dans tous les pays arabes.

Les régimes ont fait leur choix et donnent la légitimité à ceux qui ne l'ont jamais perdue faute de concurrents crédibles. Et les foules en saisissent bien le sens : ce qui fait basculer les choses, ce ne sont pas les institutions, les partis, les associations ou les urnes et la démocratie, mais le rapport de force et uniquement le rapport de force.

L'erreur de gestion des marches est grosse en Algérie et n'est plus rattrapable mais pas seulement : depuis vingt ans, une stratégie de « déboisement » des mouvements civiques et intellectuels a fait le vide entre les peuples et leurs Etats. Aujourd'hui, soumis à de terribles pressions, entre nécessité de survie et effets de foules, les régimes n'ont plus pour interlocuteurs que les courants islamistes et les foules n'ont plus de possibles leaders que les rescapés des aventures de la décennies 90. On ne cueille alors que ce que l'on a semé : un raz-de-marée émotionnel sans relais, ni institutions de médiation, ni porteurs d'opinion, ni modérateurs. Rien que cette rue entre deux trottoirs : des courants islamistes d'un côté, et de l'autre, l'Etat et ses appareils fantoches, mêmes élus, même non gouvernementaux. La matraque et la mosquée.

Et dans cette impasse, l'appel d'El-Qaradaoui est désormais une institution de rechange, la seule, et semble l'avoir prouvé hier. La énième guerre d'Israël contre nous a lieu aujourd'hui avec des arrière-plans inédits : la monté des légitimités islamistes, Al-Qaïda, les échecs des nationalismes maffieux, la violence de l'Occident, les guerres de prédations énergétiques et les fourberies équilibristes des derniers régimes locaux mis sous tutelle de l'Empire. Et là où on a cru nos régimes assez malins, au moins par logique de survie, ils s'illustrent par le rôle primaire de l'agent de sécurité à la solde de l'Occident, et l'expression est inévitable.

Une époque est close : celle où la cause palestinienne était un « instrument » des régimes. Aujourd'hui, la Palestine est une cause aux mains des courants islamistes et le paradoxe est qu'ils sont les seuls à pouvoir incarner les foules et tirer profit des affects. Cela « fonctionne « pour le moment. Jusqu'au jour, du moins, où l'on découvrira que notre ruine est plus grande qu'on ne le pense : la colère est une impasse aussi certaine que la soumission électorale. On n'a pas encore compris que la «traîtrise» de nos régimes est d'abord l'impuissance de leurs peuples.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Lun Jan 12, 2009 9:14 am

Les enfants d'El Jazeera ne sont plus nos enfants

par Kamel Daoud
Comment reconnaître les enfants d'El-Jazeera parmi les enfants de l'ENTV ? D'abord, les premiers ont un seul oeil, les seconds ont deux grandes oreilles. Les premiers connaissent Ghaza, le Liban, ce qui se passe quotidiennement en Irak et le portrait de Saddam et celui de Nasrallah. Les seconds ne connaissent que Bouteflika, ses avions, sa vie, son oeuvre. Les enfants d'El Jazeera sont jeunes généralement, ils n'ont pas d'âge fixe, savent tout de la mort et à peu près rien de la vie végétarienne. Les enfants de l'ENTV sont irrémédiablement vieux, assis la plupart du temps dans des salles même lorsqu'ils sont chez eux, ne peuvent même pas changer de chaîne quand ils le veulent, ont tous des moustaches pour accrocher leurs pantalons et ne savent plus où ils se trouvent quand ils finissent de regarder le journal de 20 heures. Les enfants d'El Jazeera sont tous nés en 1992 : entre le départ de Chadli, la première guerre du Golfe, la 3ème Intifadha, la deuxième guerre du Liban, la 4ème tempête du désert, la cinquième Ghazoua de Ben Laden et les deux tours du World Trade Center. Ils ne savent rien donc de Walt Disney, piratent tout ce qui fait plaisir aux yeux, aiment les pétards très sonores, peuvent discuter de la décapitation sur You-tube et savent que le ciel est peuplé de bombardiers et de satellites et pas par des nuages et des anges gratuits.

Les enfants de l'ENTV sont des enfants qui croient encore que l'ENTV est unique, qu'elle « ouvre » ses émissions à 17 heures sur des versets du Coran, que le monde est une biographie de Boumediène, que Bouteflika est son enfant préféré et que le but de l'Indépendance est de regarder les inaugurations et voir le président prendre des bains de foule. On reconnaît d'ailleurs les enfants de l'ENTV à ce trait fort qu'ils sont tous en noir et blanc, ont la voix doublée par le commentaire des speakers et à cette habitude d'avoir peur de la mobilité, de craindre la SM et l'uniforme, de marcher sur les oeufs rares de l'époque des galeries racistes et de ne plus espérer autre chose que le repas, la paie et une Omra pour faire contrepoids à la tristesse nationale.

Les enfants d'El Jazeera, quant à eux, sont désespérés mais jovialement, casseurs pour le plaisir et faute de pouvoir croire aux dessins animés, incontrôlables car leurs régimes contrôlent tout le reste de la politique en leur laissant la rue, dopés par les images de martyrs au point d'y voir un moyen de virilité, fascinés par la barbe, la chaloupe, le départ ou le déni et le ricanement pour réussir à se faire une place dans l'espace national et international.

Et là où les vieux enfants de l'ENTV regardent encore l'ENTV pour tenter de comprendre, par habitude socialiste ou pour confirmer leur tristesse fondamentale, les enfants d'El Jazeera n'ont même pas à regarder El Jazeera, ne la connaissent peut-être que de vue, mais sont ses enfants directs, les descendants de sa télécommande couplée au bilan de cadavres des fins de journée, l'audience ininterrompue de son univers vrai et macabre à la fois.

Car comme l'ENTV, El Jazeera est une époque et pas une chaîne, une mondialisation et pas un nationalisme, une idéologie et pas seulement de l'info. Et si les enfants de l'ENTV meurent déjà paisiblement d'avoir été tellement sous-titrés et doublés, les enfants d'El Jazeera sont aujourd'hui tellement nombreux et tellement perdus que rien ne peut les convaincre de vieillir comme nous l'avons fait : à pied et pas en explosant.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Jeu Jan 15, 2009 12:48 am

A quoi sert un Général arabe, aujourd'hui?

par Kamel Daoud
A quoi sert un Général arabe? La question, désormais pertinente, a été posée par un confrère et par la grande foule des Algériens. Les réponses sont donc connues de tous. Un Général arabe sert à ce que sert son armée: tuer le temps et le manger. Ou peut-être surveiller les frontières. Pas celles du pays concerné, mais les frontières entre le peuple local et son Etat. A l'époque où beaucoup de pays arabes n'existaient pas ou n'existaient que comme des secondes épouses pour les colons, les généraux arabes ont servi à libérer le pays à l'époque où ils n'étaient pas encore des généraux mais des soldats. Devenus libres, ils ont donc usé de la liberté comme l'on use de son temps libre: pour manger agréablement ou tracer des limites en fronçant les sourcils, ou acheter des fusils neufs avec bonus et SAV ou choisir les tricots de peau et les présidents, selon la caricature populaire. D'ailleurs, on reconnaît très vite un Général arabe à quelques traits: d'abord il ne fait plus la guerre mais de la politique ou des inspections, il a plus de médailles que l'histoire de son pays, il ne prend presque jamais sa retraite même s'il est très, très vieux, il est souvent malade à cause de l'oisiveté, il a un gros budget mais de petits yeux. Qu'il soit ancien maquisard, de la famille royale, élevé dans les écoles de l'ex-URSS ou nommé Général à cause des plans de carrière administratifs, il ne défend plus son peuple depuis longtemps mais lui défend de manger avec les doigts, de parler à table, de sortir dans la rue sans autorisation ou de se promener nu après l'Indépendance. Bien sûr, les Généraux arabes ont un ennemi comme tous les généraux et les armées: chez nous ce sont les barbus, les terroristes, les kamikazes, les dissidents, les opposants, les pays voisins ou les officiers subalternes qui attendent leur tour au galon. «Mais jamais l'Amérique ou Israël!», a écrit notre confrère. Et c'est vrai: un Général arabe, aussi gros qu'il puisse être, a la force et la faiblesse de son peuple civil: il a été fatigué par les décolonisations, il veut sa maison, sa paie, ses enfants et une Omra ou une SARL à la fin et le pire, c'est que là où son peuple n'arrive même pas à fabriquer ses chaussures, lui n'arrive pas à confectionner son fusil. Lui comme son peuple dépendent des importations et des importateurs. Aussi Général qu'il soit, il est consommateur comme les siens. D'aucuns pensent donc que si on peut remplacer le peuple par des Chinois au Maghreb et des Philippins en Arabie, autant le faire pour les armées arabes et leurs généraux. Habitué à faire le va-et-vient sur la grande muraille des frontières de son pays, un Général arabe n'a pas, cependant, les illusions optiques de son pays: il sait qu'on est tous assis sur des peaux de mouton et qu'on ne peut pas se battre avec des cornes contre des F16.

La solution sincère serait donc de dissoudre les armées arabes et de verser leurs soldes aux personnes âgées, mais cela n'est pas possible: même handicapé sur une chaise roulante, l'homme a toujours besoin de sa colonne vertébrale et des os majeurs et donc de l'institution de son armée. «D'ailleurs qui nommera les présidents? Qui épousera les partis? Qui va lire les journaux? Qui surveillera les voisins? Qui s'occupera de mes enfants?» pourra dire n'importe quel Général arabe. Et là, le peuple ne répondra même pas. L'idée de chaque peuple arabe est qu'une armée qui a chassé les colons n'hésitera pas à le chasser lui aussi un jour. L'autre solution serait de dissoudre à moitié les armes arabes: les généraux arabes seraient donc recrutés pour les moitiés de la journée comme généraux et l'autre moitié comme populace. Ainsi on réduirait les dépenses et les illusions et personne n'ira penser qu'il faut aller à Ghaza, guerroyer avec Israël ou faire des exercices abdominaux avec l'OTAN. Les armées arabes sont-elles donc inutiles? Juste un peu: le bâton d'un berger ne tue pas le loup mais apprend au troupeau à traverser la chaussée dit un faux dicton. A quoi donc sert un Général arabe? A ce que l'on sert tous autant que nous sommes: justifier le drapeau. Ou comme dit plus haut tuer le temps. Ou habiller le périmètre avec une histoire nationale. Ou regarder la télévision. Depuis 1973 la question est posée. Sur chaque tête.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Jeu Jan 15, 2009 9:48 am

«De la mer, je ne vois que son dos»

par Kamel Daoud
La Méditerranée n'est pas une mer mais un mur. Aujourd'hui, à écouter, voir et parler avec les Occidentaux, on peine à leur expliquer, à ceux de bonne volonté du moins, combien la frontière se creuse entre nous et eux. La guerre faite à Ghaza par l'armée d'Israël, les partis pris médiatiques, l'insensibilité technique des Occidentaux à l'affect que provoque cette question chez nous, les images « choisies » de leur télévision, le déni de l'autre de leurs intellectuels et le reflux de leurs opinions vers les positions du repli géographique et le prétexte de civilisation face à la barbarie en désordres des Sud imaginaires, tout cela nous détruit plus que les armes de Tsahal et ses propagandes assassines. Il ne nous reste rien en Occident pour accrocher nos dernières illusions, celles nées de lectures de leurs livres, de l'écoute de leurs meilleurs hommes et de l'intérêt pour leur histoire, née de vouloir la meilleure valeur universelle pour eux et pour tous. Aujourd'hui, il est inutile de dire qu'il ne reste rien chez nous de « leur » Union pour la Méditerranée, des souvenirs de leurs « lumières » et des appels à la rencontre par-dessus les généalogies d'Ibrahim ou les cauchemars de la colonisation et ses fausses décolonisations. Là où chez eux il n'est possible de distinguer dans leurs foules que les crieurs publics à la fin du monde et les chasseurs des peaux différentes, chez nous, l'histoire démarre désormais sur les émotions les plus primaires, la haine du « Juif » confondu avec l'Israélien le plus extrémiste, le rejet de l'Européen assimilé à un secrétariat informel et castré du « lobby juif international » et de l'Américain que ses soldats et ses milices qui privatisent les guerres et volent le pétrole. La victoire du Bushisme est totale et celle de Ben Laden l'est encore plus chez nous. Le basculement vers l'émotif, faute de puissance, a réveillé les vieux démons de l'homme dans nos territoires et a tiré le tapis sous les minorités tolérantes, celles qui croyaient la vertu désormais abstraite du dialogue par-dessus les langues, et a précipité l'histoire vers son hystérie. Et ce basculement est l'autre facture du meurtre commis par l'Occident à peine dissociable du Likoud, que les meilleures volontés de l'Occident, piégées entre la mastication du confort et le commentaire des images sélectionnées de cette énième guerre, ne « voient » pas chez nous, dans nos désordres douloureux. Le casting est presque composé pour le pire, et ce n'est pas un pessimisme mais seulement du constat : un Occident totalement déconnecté du reste de l'humanité, des régimes locaux réduits à des milices frontalières, des foules en colère repoussées vers l'usage de la machette, le cours au pagne intellectuel et le feu de broussailles pour contester leur sinistre réel. L'avenir ? C'est celui d'un terrible faux proverbe : « Aux peuples exclus de l'Histoire, il ne reste... que la Préhistoire ! ».De Sartre à BHL ou Badr Chakeb Essayab à Ben Laden, ce sont les deux voies d'une unique péremption !
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Sam Jan 17, 2009 9:00 am

«La victoire» par El Jazeera et consoeurs

par Kamel Daoud
Plus de mille morts et déjà quelques conclusions.

1° - La guerre contre Ghaza a disqualifié le Fatah, mais pas seulement. L'annulation de légitimité et le signe de péremption touchent tous les régimes « laïcs » ou surtout nationalistes dans tout le monde arabe. Comme écrit par notre confrère Abed Charef, la « cause palestinienne » a cette vertu incommodante de nous renvoyer l'image de nos Etats, de rendre visibles nos impuissances et de nous disperser au nom de l'union pour la Palestine. Aujourd'hui, l'offre politique pour l'opinion arabe se résume à deux figures : celle de Moubarak et de tous ceux qui lui ressemblent, reconduisent leurs mandats à sa manière, sous-traitent la « cause » arabe avec la même hypocrisie efficace et le même aveu de soumission pragmatique ; et celle des Nasrallah, Hamas et confrères, nouveaux leaders des guerres « sans Etats » ou avec des Etats traîtres, de la résistance qui « sauve l'eau du visage » et de la légitimité par Dieu et les armes. A côté, les gigotements « nationaux » des fausses démocraties, des fausses réformes et des relances à base de distribution des rentes gardent déjà à peine leur valeur de spectacles pour les peuples arabes appelés aux urnes ou à rester chez eux.

2° - Depuis sa fondation en 1948, Israël gagne toute ses guerres sur nous, mais il semble que c'est la seule fois où elle a perdu la guerre des images. Malgré l'interdiction d'entrée faite aux journalistes occidentaux, la super propagande internationale, la criminalisation anticipée du Hamas pour faire « passer » cette guerre et sa facture et le parti pris parfois incroyable de l'opinion occidentale réduite à user des euphémismes et des commentaires sur des images « nettoyées », la victoire « par El Jazeera » a été immense. Les images de cette chaîne et ses consoeurs ont été le seul parti politique qui a réussi à faire bouger la rue arabe et les capitales du monde, mais aussi à entretenir cette mobilisation dans le temps et à réduire à néant les explications « post-11Septembre » d'Israël. Ces images, beaucoup plus que celle des autres guerres, vont marquer l'opinion et les consciences des Arabes et des musulmans, resteront dans les mémoires et démantèleront durablement tous les discours des modérés et les explications sécuritaires des Occidentaux. Si, aujourd'hui, même dans les bouches des écoliers algériens les plus jeunes, les slogans en faveur de la lutte armée et les noms de Djabaliah, Khan Younès ou autres quartiers massacrés en Palestine sont plus connus que les noms des ministres locaux, c'est à cause d'El Jazeera, par sa vertu. Le « traumatisme » sera durable, marquera des générations et ne sera pas oublié de si tôt contrairement à ce que l'on croit. Tous les discours politiques locaux doivent dorénavant relever la barre plus haute que ces « images », ou être frappé de nullité et retomber dans le bavardages ou le bourrage d'urnes et des oreilles. L'avenir n'est pas le même quand il est raconté aux enfants par Walt Disney ou par nos chaînes satellitaires : [b]nos enfants ont grandi entre les images du cadavre des fils de Saddam, celle de Zarquaoui défiguré, la pendaison de Saddam et les yeux crevés par les bombes de l'enfant palestinien.[/b]

Les leurs sont les enfants des « Happy End » et de l'amour comme seule éternité envisageable pour l'homme. Les images d'El Jazeera sont autant d'images interdites chez eux par souci « d'hygiène » psychologique et qui, chez nous, accouchent de nos enfants autrement que par les ventres de leurs mères.

3° - La division des régimes arabes est désormais irréversible, lourde et sans même le souci des apparences et des politesses. Les seules institutions qui nous restent sont celles de la rue, « ruisseau des solitudes », dira un poète, et de la mosquée. Ceux qui divisent les Arabes sont leurs Etats et ce qui les réunit sont leurs islamistes et leur religion. La préemption frappe aujourd'hui non seulement le nationalisme « assis » des vétérans des décolonisations et les héritiers des couronnes, mais aussi les « modérés », les partisans du dialogue mais aussi les « armées », les notions de sécurité et de souveraineté et les mythes de nos fiertés locales.

La cause palestinienne est désormais un effet islamiste, mais pas seulement.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Dim Jan 18, 2009 10:14 am

TV d'Occident: pas de cadavres donc pas de crime!

par Kamel Daoud
Lorsqu'on tue un Juif, cela s'appelle l'Holocauste, lorsqu'on tue un Américain, cela s'appelle du terrorisme, lorsqu'on tue un Africain, cela s'appelle une épidémie, lorsqu'on tue un Afghan, cela s'appelle une erreur ou un Taliban, lorsqu'un Japonais meurt c'est un suicide et lorsqu'on tue un Arabe ou un Palestinien, cela s'appelle la « crise au Proche-Orient ». Ainsi et pour parler de la guerre contre Ghaza aujourd'hui dans ses TV, l'Occident essuie d'abord ses lunettes, toussote puis se lance au front, tout en restant chez lui pour éviter les balles et les cadavres. Ainsi, tous les téléspectateurs ont remarqué qu'on ne parle pas de « la guerre contre Ghaza » mais de « la guerre à Ghaza » comme l'ont relevé les nôtres. Sont mis sur le même pied d'égalité, une armée suréquipée et des groupes de défense sous armés qui défendent leur quart de pays là où il n'existe même pas encore. Le statut d'Etat est reconnu à la Palestine seulement lorsqu'on lui fait la guerre. Par ailleurs, dans toutes les TV de l'Occident, l'usage est le même : on ne dit pas massacres mais « événements ». On ne montre pas les images des cadavres mais les images des chocs psychologiques des habitants de Sdérote, victimes d'un 11 septembre quotidien à base de pétards. Le zoom est plongeant sur une voiture calcinée là où on filme de très loin les volutes de fumées noires des bombes interdites sur la bande de Ghaza et ses habitants jouant les seconds rôles. Pour les journaux TV, l'usage de l'effacement est plus pernicieux tout en étant tout aussi ridicule : les cadavres sont masqués par le chiffre du bilan quotidien et le bilan sera gommé par un long commentaire sur les allées et venues du négociateur israélien, ses escales égyptiennes et sur les possibilités d'un cessez-le-feu ou d'un accord à long terme. Un correspondant est contacté à Tel-Aviv et qui parlera « d'un hôpital probablement touché » - notez la réserve - là où trois secondes plus tard on rapporte que le SG de l'ONU lui-même l'affirme. Même l'image de Ban Ki Moon est nettoyée : on prend soins dans le JT de dire qu'il a condamné les immenses pertes civiles et la violence injustifiée mais lorsqu'on le montre, on sert la phrase soft où il explique de vive voix qu'il espère la fin de la guerre très proche. Le seul signe de douleurs que vous pouvez voir sur les TV de l'Occident ces jours-ci, ce n'est pas sur le visage des vrais Palestiniens, mais sur les trois secondes de consternation du présentateur TV. L'Occident ayant une règle juridique et policière connue : il n'y a pas crime quand il n'y a pas de cadavres et puisque les cadavres de Ghaza ne sont pas visibles, c'est que la guerre qui leur est faite n'est pas un crime.

Les arguments sont les mêmes où que vous zappiez : « cette guerre nous a été imposée » par les roquettes du Hamas (Personne ne parlera de la mise en cage de toute une population et de l'encouragement fait à ce mouvement pour disqualifier le Fatah en le ridiculisant avec des miettes à chaque négociations de paix), ni des colonies, ni de la généalogie de cette « crise ». Le second argument est celui des « pertes civiles inévitables ». Ghaza étant surpeuplée, on ne peut pas larguer une bombe sans servir les voisins du « terroriste » visé. Les « terroristes du Hamas » se réfugient derrière les civiles, disent-ils, là où nous disons que les civils n'ont plus que les « terroristes » pour se réfugier derrière eux et pour les défendre. Dans un sous pays fermé de toute part, on accuse presque les civils d'être là où il ne faut pas.

Ainsi, après la guerre des images verdâtres en « fluo » lors des bombardements de Bagdad, celles en infrarouge filmées en Afghanistan, celles par satellite filmées au Liban, on a aujourd'hui droit aux images sitcom filmées à partir de chez soi pour parler de Ghaza. TPS est pour nous cryptée mais l'histoire est claire, là où pour les Occidentaux TPS est claire là où le reste du monde est cypté.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Lun Jan 19, 2009 9:41 am

Une fatwa laïque

par Kamel Daoud
Finalement, la vraie question de l'heure est : pourquoi sommes-nous devenus aussi impuissants, jusqu'à ne plus pouvoir faire les guerres qu'avec la langue, et la paix qu'avec le pantalon ? La réponse ne se trouve pas dans la quête des herbes miraculeuses, ni en brûlant cycliquement les drapeaux israéliens et américains, ni en accusant nos régimes d'être plus faibles que nous-mêmes. Qui répondra donc ? Parfois l'Histoire. La grande, celle de tout le monde : on peut donc répondre en disant que nous sommes impuissants à cause de nos dirigeants, qui le sont à cause de notre histoire collective et en remontant ainsi jusqu'à la guerre du Golfe, Lesseps, les Ottomans et la capitulation de Boabdil, dernier roi « arabe » de Grenade, un 02 janvier 1492. L'explication est valable, fastueuse, inutile un peu et a cette vertu maligne de dédouaner chacun en condamnant tout le monde. On en tire à la fin aucune leçon, sauf la preuve d'une longue rouille de la « race » et une collection d'erreurs incroyables entre la réinvention de l'astrolabe et l'assassinat d'El-Hallaj.

On peut aussi répondre autrement et plus utilement, selon l'équation de « un battement d'aile de papillon au Japon fait son orage au Zimbabwe ». Cela veut dire que si nous sommes, aujourd'hui, si impuissants, c'est parce que nous sommes irresponsables chacun à la hauteur de sa personne. Nos régimes sont faibles et en solde, parce que nous sommes faibles et en solde. Chacun à sa manière. Il y a un lien direct mais peu admis entre la vie de chacun et les cadavres de Ghaza : chaque fois que l'un de nous jette des ordures par les fenêtres, achète un extrait de naissance à 200 Da, accepte d'aller voter pour rien comme un mouton, croit que construire une mosquée suffit pour construire un pays et admet que prier vaut mieux que travailler, il participe à sa manière à déchausser son propre pays et à le transformer en laine internationale. Chaque fois que l'un des nôtres réduit son emploi à sa présence physique, vole son propre salaire, grille un stop, achète un paquet de cigarette et jamais un livre, scie un arbre, traficote un appel d'offres, triche dans le ciment et le béton, exige une enveloppe ou dévalise un conteneur parce que son poste le lui permet, il tue à sa manière des Palestiniens.

A chaque fois que l'un des nôtres crache sur sa propre géographie à cause de sa propre histoire, achète son élection dans une mairie ou dans un parlement, casse une vitre dans un palier d'immeuble, va à la Mecque pour se laver les mains de ses actes, ment, triche ou ferme sa porte en croyant que cela suspend sa responsabilité, il tue en Palestine et dans le reste du monde. A chaque fois que l'un des nôtres se cache derrière son Coran pour échapper au poids du monde, utilise un verset comme un casque pour ne pas écouter les autres et le reste de l'humanité, et répète que nous sommes honnis à cause d'un rouge à lèvres et que nous manquons de pluies à cause des femmes trop belles, il tue en Palestine. A chaque fois que l'un de nous refuse la liberté de conscience à son voisin, la liberté tout court, il ne peut la demander pour la Palestine.

C'est donc l'effet papillon : il ne suffit plus désormais d'accuser les « régimes » d'être des vendus là où, nous-mêmes, nous sommes désormais sans valeurs. Il y a un lien mécanique entre les actes de chacun et ce qui se passe en Palestine, et cela, il faut l'admettre. Sans cela, on continuera à recevoir des bombes et à y répondre par des bulles de colères et des fatwas sur l'imminence de la fin du monde. La fin du monde est là depuis longtemps pour nous. Cela ne sert à rien de parler de « lobby juif », de complot mondial et de « trahison » des volontés de Dieu. Cela s'appelle le Moyen Âge et cela se paie en cadavres et en humiliations. Admettons-le : c'est là une arme de prise de conscience massive.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Mar Jan 20, 2009 9:22 am

En attendant le pays qui vous serrera dans ses bras

par Kamel Daoud
Les prochaines présidentielles étaient inutiles, elles sont devenues aujourd'hui invraisemblables. Comment leur donner du crédit ? Un pantalon ? Des moustaches et des chiffres qui ne soient pas des éclats de rires bronchitiques ? C'est ce que se disent beaucoup d'Algériens assis, regardant comment Bouteflika va se photocopier en faisant semblant de n'appuyer sur aucun bouton ? Vous penserez donc que ce genre de questions est légitime et mérite d'être posé alors qu'il n'en est rien. Ce genre de discussions était valable à une époque et plus aujourd'hui. On est, depuis longtemps, passé de la formule de « l'homme qui commande au nom du maquis», à celle de « il commande au nom du développement et du conseil de sécurité», puis à celle « il est là parce qu'il est le plus fort ou choisi par les plus forts», et jusqu'à la dernière formule : «il est le chef parce qu'il n'a pas besoin de vous».

Du Golfe au robinet d'ablution de votre quartier, de l'Océan à la tombe de Saddam, beaucoup de régimes arabes aujourd'hui n'ont même pas besoin de légitimité: ils peuvent la remplacer par n'importe quoi seulement en ouvrant la bouche. La construction des pouvoirs se fait selon l'ordre des Mamelouks : en partant du haut et n'arrivant jamais vers le bas. Un Président arabe est le Président d'un ordre local, inséré dans un ordre mondial, lui-même faisant partie d'un ordre occidental précis et réglé comme un cirque. La légitimité des nôtres est celle de la nouvelle doctrine de la sécurité mondiale ou locale. Les peuples y ont la forme d'un dos d'âne sur la route des épices ou la sonorité d'un bruit de fond au-delà des vitrages. Ce sont les régimes «gardes communaux» et leurs peuples ne sont pas une force, un peuple ou un électorat, mais une «menace» confuse, une avancée du désert vers les capitales, une émeute en stand-by. Les populaces ont ce statut informel de la foule à peine délimitée par le drapeau et la frontière et l'hymne.

C'est dire donc qu'aujourd'hui, il ne faut pas user ses cheveux à penser qui va se présenter ou pas, qui va faire le faux candidat à la laine abondante, mais de quoi sera fait l'avenir au-dessus de nos têtes. Dans le monde arabe aujourd'hui, il n'y a plus de leaders, pas assez de pain, beaucoup de policiers, trop de mosquées, pas suffisamment de moulins, du pétrole et une tendance générale à parler au nom de Dieu ou au nom d'un comité de soutien, pour que les choses restent en l'état. Aujourd'hui, dans de vraies élections pluralistes, un candidat arabe qui n'a pas fait Ghaza, qui n'a pas usé de sa chaussure contre Bush, qui n'a pas beaucoup d'argent, qui n'a pas fait sept fois le pèlerinage, ou une barbe légère, n'a plus qu'à traficoter les chiffres pour être au moins utile à ses propres américains qui le bordent chaque soir et lui promettent un beau lever de soleil selon sa gloire. C'est ainsi : on n'est plus ni démocratie, ni dictature, mais des filiales de l'ordre mondial. Faut-il baisser les bras cependant ? Non. Tout le monde meurt. Et donc eux aussi. Un jour nous aurons beaucoup de pluies, un fleuve et un pays qui nous serrera dans ses bras. Pour le moment, serrons-nous les uns contre les autres et laissons-les s'user.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Mer Jan 21, 2009 9:26 am

Entre Obama le Kenyan et AEK le Malien

par Kamel Daoud
Obamania est un rêve américain de réparation, un métis consensuel, un effet spécial US, une arme de déculpabilisation massive et un président US noir, jeune, beau et très bon orateur. Il s'appelle Obama comme l'Afrique, Barak comme Ehud et Oussama comme nous. Il a fini par poser sur la table des débats la question des minorités raciales un peu partout dans le monde, sauf chez nous. Chez nous, par exemple, personne ne dit, écrit ou pense pourquoi on n'a pas encore un général-major noir cinquante ans après l'indépendance.

Bouteflika est bien connu sous le pseudo de Abdelakder le Malien, mais il n'est pas noir et cela ne fait pas de lui une réponse. A l'ENTV, la couleur est blanche majoritaire et, pour le moment, les gens du Sud sont au Sud pas à l'ENTV. Les présentateurs de TV sont soit blancs, soit incolores, soit insipides et immangeables comme des madeleines pour un rescapé du désert. Sur la liste, on n'a pas encore de ministre noir, et encore moins un Premier ministre très brun. Chez nous, le racisme n'existe pas parce que tout les Algériens sont soit blancs, soit bruns soit Maliens et donc Bouteflikistes. D'ailleurs, on ne peut même pas espérer un président algérien noir, puisqu'on ne peut même pas espérer un autre président algérien autre que Bouteflika lui-même. Les présidentielles algériennes ne sont même pas pluralistes pour prétendre être pluriraciales. Les Algériens sont-ils racistes ? Oui, mais l'Algérie ne l'est pas. Ainsi, les couples « mixtes » sont encore rares, les mariages entre berbérophones et arabophones peu visibles mêmes chez les grands démocrates de certains partis connus, et les gens du Sud sont encore des gens du Sud trop gentils pour réclamer la gouvernance du nord. Ils peuvent être noirs comme l'or noir, mais resteront tout aussi invendables que les gens du Nord qui sont blancs ou invisibles. Un Obama algérien peut espérer être wali, guide, ingénieur, se marier à une touriste allemande esseulée mais à peine plus.

La littérature algérienne traite à peine la question, la politique aussi et tout aussi les conversations polies. Du coup, les Algériens les mieux pensants trouvent à redire sur l'artifice Obama aux Etats-Unis, mais si peu à dire sur son absolue impossibilité ici chez nous, au pays d'Erissala et de Kassamane pour tous et par tous. Le tabou est un tabou souriant, les communautarismes une évidence de palier et le débat est clos par le faux consensus religieux. Un Obama local aurait été un brillant chef de daïra ou beau sourire scotché à une dune, doublé par un chameau, reflété par son thé et dérangé dans son éternité par le cycle des poids lourds.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Sam Jan 24, 2009 1:53 pm

La piste de la mort clinique des «décideurs»

par Kamel Daoud
Il y a de grands vents qui soufflent sur le pays. Ceux de Dieu et des cumulus, pas ceux du changement. Le pays ressemble d'ailleurs à un gros village avec deux plaques de jalonnement : l'une à l'entrée indiquant « Bienvenus : nous sommes assis », l'autre à la sortie expliquant « rien ne changera, la commune vous remercie pour votre visite ». Entre les deux, on se chauffe en discutant de l'arrivée de Canal+. C'est quoi donc le comble statistique d'un pays comme le nôtre ? C'est de lire dans les journaux l'opinion d'un Benyelles par exemple, expliquant que même les militaires ne peuvent plus changer l'Algérie comme ils changent de galons, ni y décider, ni, encore plus inimaginable pour les décolonisés par les guerres, voter en se réunissant comme dans les années 90 chez l'un d'entre eux pour signer des pétitions ou présenter leurs chevaux favoris.

Est-ce vrai ? On peine à le croire mais il fait s'imaginer que c'est vrai. La thèse du bonhomme est qu'il y a désormais plus de policiers que militaires, avec déplacement de la décision de la caserne vers le BQR. Que se passe-t-il donc dans un pays lorsque les militaires ne peuvent pas y faire le coup d'Etat « assis », que le peuple ne peut pas voter et qu'il n'y a pas de candidats vivants ? Justement, il ne se passe rien.

L'événement sera assuré par la météo, pas par les hommes en dessous. D'où l'état actuel de l'Etat : une entreprise unipersonnelle qui vise le bilan, pas le bonheur selon les opposants avertis.

Pour les détracteurs de Bouteflika, on ne peut pas se débarrasser du bonhomme parce qu'il est devenu trop puissant, ni le garder parce que le contraire est aussi vrai, ni voter parce qu'il n'y a personne d'autre à épouser, ni le renverser avec des retraités, ni l'élire parce qu'il n'a plus besoin de personne, ni croire en lui parce qu'il a démontré qu'il ne croit en personne, ni l'aimer parce qu'il ne nous aime pas et le répète aux ambassadeurs de l'Occident, ni négocier avec lui parce qu'il est très malin et depuis très longtemps. Pour ces gens-là, l'époque est terrible parce que même les « décideurs » n'existent désormais plus ou ne décident que de la conjugaison de leurs propos et mémoires.

Il faut donc le croire ou s'en abstenir sans risque d'erreur dans les deux cas. Le piège est toutefois inédit dans les annales de la RADP avec le pouvoir d'un homme inévitable qui arrive à faire voter aux députés l'amoindrissement de leur pouvoir au profit du sien, et un peuple convaincu de son destin de feuilles mortes que seul le vent ressuscite. Le grand vent souffle donc avec ferveur : aux USA il a propulsé Obama, chez nous, il décapite les toitures et tue les gens qui ne s'accrochent pas les uns aux autres ou à l'Alliance présidentielle qui elle-même, et dans un curieux paradoxe, vend le vent qui nous emporte.
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Parodie

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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Mer Jan 28, 2009 10:17 am

Analyse du harrag «intérieur»
par Kamel Daoud

Qu'est-ce que la harga «intérieure» ? C'est une façon de vivre en tournant le dos au soleil et à soi-même. L'expression tellement triste est celle d'un universitaire. La harga intérieure peut être un tchador, une barbe, une façon de baisser le regard sur ses chaussures dès le matin, un refus de parler, la décision de rester chez soi même lorsqu'on marche dans les rues, un visage réduit à un trait d'union entre deux oreilles, une explication par la cendre, un refus non négociable, un air « d'appel en absence » après chaque tentative de dialogue. La population d'Algériens harraga de l'intérieur est encore plus importante que celle qui a pris la mer, ou que la mer a pris sans vouloir les rendre ou les transporter à bon port. La harga intérieure n'utilise pas la chaloupe et la boussole mais parfois la religion, l'intellect, l'histoire nationale ou les évidences matinales. On se lève un matin et on décide finalement de ne pas le faire, on vit un pays en décidant que c'est la salle d'attente d'un dentiste invisible. Et c'est tout et cela suffit. Le harrag de l'intérieur, celui qui crève de noyade en pleine terre, est reconnaissable par sa psychologie en berne : il refuse de vivre avant la mort et seulement avec la clause de l'éternité dans le paradis, ne parle qu'à Dieu ou à sa propre mère, n'a plus d'échanges avec le monde qu'avec la télévision, ne voyage guère car « la vie est inutile », s'acquitte de sa présence sur terre avec la politesse d'un répondeur automatique et va à son travail ou reste debout toute la journée en attendant que Dieu l'appelle, définitivement et pas seulement durant les heures du sommeil. Un harrag intérieur est déjà parti depuis longtemps, mais ne va plus jamais nulle part depuis qu'il l'a découvert. Il n'est pas nationaliste, ni anti-nationaliste, ni électeur, ni épargnant, ni capable d'enthousiasmes, ni « fécondeur », ni lourd, ni léger. C'est, selon la métaphore la plus profonde qui soit, un dos-d'âne qui songe.
On peut résumer son drame en une phrase, même s'il met 75 ans à mourir : il a peur de la vie et y répond en essayant de faire peur à la vie. D'où sa religiosité très pointilleuse souvent, son Islam réduit à une lettre de démission adressée au reste des vivants, sa légère superstition, sa très grande intolérance souvent, son niet méprisant. Le harrag intérieur ne croit plus en rien tout en astiquant son statut de profond harrag terrestre. Ceci dit, il peut aussi ne pas être un produit dérivé de sa religion mal comprise, mais un brillant intellectuel réduit à une vie d'ampoule unique. Le harrag intérieur peut être aussi un ancien héros quotidien refroidi par la petitesse de son propre peuple, un ex-ministre réduit à la vieillesse anticipée, un universitaire ayant conclu à l'impossibilité de la synthèse heureuse après le départ du Colon, un père de famille qui veut refaire sa vie mais n'y arrivera qu'après le jugement dernier, un employé modèle à qui on a volé son calendrier, ou même un président de la République qui ne veut plus rencontrer personne, sauf Dieu.

C'est dire que la harga intérieure est absolue : son départ est quasi définitif, ses cadavres sont impossibles à enterrer ou à rapatrier, ses candidats ne se rencontrent jamais mais voyagent quand même tous ensemble. On ne peut les rapatrier, ni les voir arriver quelque part, ni leur téléphoner, ni les enterrer plus qu'ils l'ont fait eux-mêmes. Vous pouvez en être, en rencontrer autour de vous et vous en expliquer le drame sans le résoudre. C'est le propre de cette époque : beaucoup veulent partir. Par mer, par terre ou par désir d'extinction. La harga intérieure est la jonction triste entre une économie sans espoir de confort et la métaphysique d'une panne de courant.
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Abdallah

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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Mer Jan 28, 2009 2:01 pm

C'est drôle !!! C'est très fréquent que Kamel Daoud et Chawki Amari abordent les mêmes sujets !!! les grands esprits se rencontrent !!!

Merci Parodie et Forzy pour ce boulot fastidieux.
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Parodie

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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Mer Jan 28, 2009 2:55 pm

Si tu savais le travail que ça me donne de faire des "copier-coller"!!!!! chaque matin !!! Crying or Very sad Crying or Very sad
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Abdallah

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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Mer Jan 28, 2009 7:47 pm

Parodie a écrit:
Si tu savais le travail que ça me donne de faire des "copier-coller"!!!!! chaque matin !!! Crying or Very sad Crying or Very sad

C'est quand même un post important du forum, que beaucoup de gens lisent !!!
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sangor

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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Jeu Jan 29, 2009 2:53 am

ya 3tik saha y a madame parodie ! koulyoum ned3oulek belkhir !! '(pas el 3arbi)
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Jeu Jan 29, 2009 10:25 am

sangor a écrit:
ya 3tik saha y a madame parodie ! koulyoum ned3oulek belkhir !! '(pas el 3arbi)

Tapis d'or????Bouh ya sangor!Fais gaffe Mr parodie nous lit ! Wink Wink
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