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 RAYNA RAYKOUM

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widedangel

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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Mer Juil 30, 2008 10:32 am

Devant le pitoyable, faire semblant !

par Aïssa Hirèche

Certains régimes, tout comme certains individus, ne peuvent réellement exister qu'en créant des crises ou, au minimum, des problèmes car c'est là leur seule façon d'attirer l'attention du monde, à défaut de belles réalisations, d'avancées technologiques, de développement économique, de progrès social, de bien-être du peuple ou de toutes ces choses qui méritent le regard des autres.

Lorsqu'on est à côté de l'histoire des hommes, lorsqu'on respire à dix mille lieues de l'oxygène des humains et lorsqu'on ne sait même plus si la trop grande mélomanie étouffe et fait faire des absurdités aussi bien ici qu'ailleurs, alors tout le monde détourne le regard de ces individus et ces régimes et plus personne n'aime à s'en rappeler. C'est alors que les caméras du monde, ainsi que ses projecteurs, ses plumes et ses voix, passent plusieurs fois par jour sans même rien voir car la bêtise, pour ceux qui ne le savent pas encore, finit toujours par rendre invisible.

Certains, et rien que pour rappeler leur existence au monde, adoptent des comportements tout simplement ahurissants comme menacer le monde à l'aide d'un pistolet à eau, le seul qui leur reste d'ailleurs depuis le passage du colon; d'autres, et parce que n'ayant pas mieux à faire, se jettent sur des femmes de ménage ou des serveurs qu'ils tabassent, la poitrine débordant de l'espoir, presque avoué, que des journalistes accourent enfin pour braquer caméras et projecteurs.

D'autres profitent de ces comportements pour en développer d'autres, plus bizarres encore, à une période de l'histoire où les hommes sont censés distinguer, au moins, entre ce qui est public et ce qui est privé, ce qui est l'affaire d'un individu et celle d'un Etat, d'une société... et dire que même les tribus d'antan n'en faisaient pas autant !

Ce genre de réactions qu'il est difficile de comprendre, vise certes à dédouaner des comportements encore moins compréhensibles, mais c'est d'abord ce qui a permis à des régimes entiers, plus qu'à de simples individus, de se maintenir par la grâce de la prestidigitation et des jeux de société, pas subtiles du tout.

Il permet de créer des problèmes, de rappeler au monde quelques existences douteuses, le temps de quelques autres manies, de quelques autres mensonges, de quelques autres bêtises et puis, plus rien !

Les gens sensés qui regardent surgir, étonnés, cet aspect de la préhistoire, ne peuvent s'empêcher de balancer la tête avec sourire avant de la hocher dans une tristesse à peine perceptible pour, ensuite, laisser tomber les bras et faire semblant de jouer le jeu, comme s'ils n'avaient rien compris, comme s'ils n'y avaient vu que du feu !... Jusqu'à quand, finalement, le monde continuera-t-il à faire semblant ?
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widedangel

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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Jeu Juil 31, 2008 10:15 am

Pour décapiter quelqu'un, donnez-lui deux têtes

par Kamel Daoud

En Algérie, c'est une règle : pour décapiter un mouvement à prétention dissidente ou seulement alternative, on ne lui coupe pas la tête : on lui en donne deux. On peut jouer sur une autre expression : si pour faire voler ses oiseaux, le cosmos leur a donné deux ailes, pour faire s'écraser un mouvement « politiquement incorrect », il n'y a rien de mieux que de lui donner deux ailes lui aussi. En Algérie, la tradition débouche aujourd'hui sur l'abus ou même le risible. Presque tous les partis politiques, les associations droit d'hommistes ou les syndicats à forte capacité de contestation ont deux têtes, deux ailes et deux directions opposées. La méthode, même éventée et tombée dans le domaine public, réussit son coup à chaque scénario et semble être irrésistible même pour des gens de grandes capacités intellectuelles, hommes très conscients des possibles manipulations et aptes, en principe, à en surmonter la manoeuvre. Il n'en est cependant rien : dans chaque cas de figure, les manipulateurs arrivent à trouver un homme qui se réclame trop de sa légitimité historique en tant que fondateur, 1er secrétaire, élu à vie ou immortel, et un autre, généralement quelqu'un de très proche du premier, tenté par la succession, des élections anticipées, un coup d'Etat, un peu plus d'argent et de célébrité. En deux mots, cela se résume à deux mots : dictature trop confiante, traîtrise trop tentante. A la fin, les deux perdent : l'un n'héritant que d'une carcasse et l'autre, le légitime évincé, n'héritant que de lui-même et du droit d'écrire ses mémoires. « Torpillée », la cible politique retombe dans la conciergerie, perd son audience et démontrera à ses sympathisants et aux Algériens, qu'elle n'échappe pas à la règle du butin et qu'il ne faut pas en attendre une révolution. Les concepteurs du « torpillage » étant les gagnants à tous les coups. Le pire est, qu'en Algérie, cette méthode connue ne débouche pas sur une sorte de partage de légitimité entre le sigle X et le sigle X canal historique par exemple, mais sur une formule plus décapante : « je suis le nouveau légitime, l'autre est un piéton bavard qui n'accepte pas la démocratie ». Le dissident portera toujours, aux yeux de l'opinion, un code-barre au flanc indiquant son prix dans certains cercles, là où l'autre portera l'infamie d'être impuissant et naïf au point de s'être fait renverser aussi facilement. Question finale : pourquoi cela réussit presque à tous les coups en Algérie ? Raisons historiques et sociologiques apparemment : de l'Emir à Messali. A chaque fois qu'il y un Algérien charismatique qui fait un discours sur l'avènement d'un nouveau temps, il y a quelqu'un derrière lui qui attend qu'il finisse pour dire à la foule que c'est de lui qu'on parlait. Ensuite, les Algériens sont un peuple qui peut vous donner son burnous en plein hiver mais jamais la chaise de ses pouvoirs. Ensuite, parce que les « scénaristes » de ces renversements ont une longue expérience de la psychologie et savent que les mouvements algériens résistent à tout mais pas à la tentation. Ensuite, il n'est pas facile d'avoir une morale quand on ne l'a pas fait précéder d'une histoire, la sienne. Enfin, parce qu'à la fin, les Algériens ne croient pas à l'alternance mais seulement à la succession.
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pititchi

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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Sam Aoû 02, 2008 5:02 pm



Raïna Raïkoum du 02.08.2008:

Peut-on lutter contre la faim par la faim ?

Faire une grève de la faim en Algérie, c'est comme tirer sur une corde coupée en croyant que c'est ce qui vous lie au reste de l'humanité de votre pays. En conclusion, et les grévistes nationaux le savent bien, cela suffit à peine à fabriquer un feu de veille. Pourquoi ? Pourquoi par exemple dans le cas des grévistes de la faim des enseignants contractuels, la grève ressemble plus à un repas sauté qu'à une interpellation de la conscience des spectateurs et à une mise en accusation, pour défaut d'humanité, de l'Etat alimentaire ? Différentes raisons : d'abord une grève de la faim dans une RADP qui sort d'une guerre, ne peut mener qu'à la mort du gréviste et pas à prouver que les autres Algériens en sont coupables.

Le peuple est nucléaire et il lui faut un colon pour le souder à lui-même ou à sa volonté fondamentale et pas une interpellation sur le mode de la morale manquante. Sans cela, le cloisonnement induit par la paresse dispense tout le monde d'assumer le reste du monde. C'est pourquoi, aujourd'hui, des Algériens peuvent recourir à la grève de la faim sans menacer ni l'ordre, ni la conscience de leurs voisins de palier, ni l'Etat.

Ce dernier, profitant d'une métaphysique de la fatalité et d'une religiosité bâtie sur le destin et le compte à rebours, n'est jamais accusé d'être responsable de la mort de l'un de ses sujets. Si un Algérien meure d'une grève de la faim cela veut dire qu'il n'a pas mangé depuis longtemps et que son heure est arrivée.

Le sens politique de son acte est corrompue par le vide : c'est un spectacle et pas un drame. On y voit une manoeuvre syndicalo-politique, et on réagit contre dans ce sens là. Pour qu'une grève de la faim soit une arme, il faut qu'elle soit une menace et une accusation. Et pour cela, elle doit être menée dans une communauté et pas dans une cage d'escalier de l'immeuble des classes sociales dormantes. Il faut que la mort qu'elle peut supposer soit vue comme un crime d'indifférence et il faut que son désespoir interpelle au-delà des chapelles et des explications par les sigles. Dans un pays vidé, percé par l'appel de la mer au nord, celui du vide au sud et où l'humanisme manque d'une élite porteuse et d'une histoire alternative à celle des armes ou des répressions, vous pouvez vous affamer et votre grève de la faim ne peut pas aller au-delà du sens du repas manqué volontairement.

A la fin, des enseignants grévistes de la faim, dénonçant leur usage « d'enseignants jetables », n'implique personne, ne concerne personne et n'engage personne d'autres que les grévistes. C'est une arme avec des balles à blancs dans un pays qui se nourrit de la chasse au javelot. La conclusion intime des Algériens, selon leur culture guerrière, est qu'on change l'histoire par la force, pas par la conscience. Un Gandhi algérien aurait fini aux UMC, maire récupéré, herbivore ou simplement en gerbes de fleurs. Pourquoi ? Parce que l'idée la plus profonde de l'Algérien est que la France a été chassée par les armes et pas par les grèves, celle de la faim encore moins. Parce que, aussi, l'ensemble des lots de terrain algériens ne donne pas un pays comme l'ensemble de ses habitants ne fait pas le total d'un peuple.

Il faut dans les deux cas de la conscience : ce qui fait de la terre une patrie et de la faim, un procès.




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pititchi

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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Dim Aoû 03, 2008 1:59 pm



Raïna Raïkoum du 03.08.2008:

Un chef indigène se reconnaît au nombre de ses mandats

Il fut un temps où le ridicule d'un chef indigène se voyait au nombre des médailles accrochées à la vieille veste de treillis qu'il a héritée de sa participation à une guerre « blanche » et où il acquis l'alphabet, la ruse, l'usage des armes et le sens de la politique et des gramophones. Le spectacle national avait habituellement pour arrière-plan une île ravagée par le scorbut mental, une population cadenassée, une police à la matraque généreuse et un atroce folklore d'authenticité, de culture nationale et d'hymne aux martyrs et à la décolonisation.

Le portrait en pied du leader immortel tenait à gauche par la violence et, à sa droite, par la protection de ses clients en perles, des « blancs » souriants, capables de lui offrir de bons prix et de le menacer avec l'usage d'un cousin éloigné, en exil, capable de revenir pour reprendre la légitimité par les cheveux et l'embrasser de force. Le schéma a fonctionné pendant un siècle ou deux, mais il ne pouvait tenir le coup face aux usages des modes.

Aujourd'hui, le fashion politique impose de nouvelles tenues : les chefs indigènes ne collectionnent plus ces affreuses médailles gagnées dans des guerres imaginaires et offertes par un entourage servile à chaque fête de l'indépendance brève. Les chefs indigènes collectionnent les « mandats », vendent du pétrole ou des paysages, échangent la stabilité et se rendent utiles en grillageant leurs îles pour empêcher les immigrants clandestins. La stabilité des tiers-mondistes est ce qui se vend le plus après le pétrole; et pour en assurer la garantie, les leaders, les pères des peuples, les grands frères, les excellences sont devenus inévitables. Sans eux, comme l'a dit un jour Moubarak, c'est le chaos. Et le seul moyen pour les Blancs de se garantir la fameuse stabilité, c'est de garder le même chef indigène, candidat unique de force ou par évidence, seul capable de contrôler ses barbares, de fermer les frontières pendant les heures de sieste, d'endiguer la montée des cannibalismes idéologiques et de fabriquer une identité nationale à partir de deux martyrs, un totem, une mosquée ou un temple et quatre prêtres respectés.

Vous comprendrez alors pourquoi aujourd'hui les chefs indigènes ne reculent plus devant le ridicule des mandats enfilés comme des perles, les allongements de règne et les successions filiales. Dans la planète arabe, tous les chefs locaux s'y mettent depuis quelques années et cherchent même à en habiller l'infraction, comme l'a fait la Russie de Poutine. Il n'y a plus ni la crainte du ridicule, ni celle de la constitution, ni celle des populations, ni celle des ONG internationales. Un chef indigène est chef justement parce qu'il a un énorme flair et une profonde intuition de ce que veulent les Blancs : hier c'était les perles, aujourd'hui c'est le pétrole et la stabilité. « Sans moi, c'est le chaos ».

Et pour les Blancs, névrosés de l'ordre, de la rationalité et du positivisme cérébral, rien n'est pire que le chaos aux limes de l'Empire. D'où ce consentement mutuel entre les deux géographies pour que chacune continue sa propre histoire sans déranger celle des autres. Les chefs indigènes ont quartier libre depuis une décennie et en profitent pour saccager les cultures et réduire en poudre les dernières démocraties sous serre. Ils ne dérangent pas le commerce et assurent le gardiennage. Ils ne peuvent être accusés de cannibalisme que le jour où ils songeront à mordre plus grand, à réformer les terres, fermer les puits ou menacer les comptoirs. En attendant, de la Syrie à l'Algérie, de la Libye à la Tunisie, les chefs multiplient les mandats comme autrefois on multipliait les chèvres pour démontrer sa fortune et sa puissance.




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widedangel

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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Mar Aoû 05, 2008 11:46 am

Destination «rond-point»
par Kamel Daoud

Un des classiques du scepticisme algéro-algérien, c'est de répéter que « l'on n'a pas où aller en Algérie ». Cela suppose l'autre question, encore plus absurde : doit-on aller quelque part dans un pays ailleurs que dans et vers ce pays ? Pour un habitant de Cuba par exemple, il s'agit d'un paradoxe : comment peut-on se sentir à l'étroit dans un pays de 02 millions de km² ? « L'étroitesse est dans le coeur » répond la sagesse basique des cafés maures. En clair, l'Algérie est un pays étroit comme un pipe-line, un tunnel, une chaloupe, un intestin ou la poitrine d'un dépressif. Pour un Algérien scié au tronc par lui-même, à défaut d'autres occupations, au sud, il n'y a que le désert, au nord, trop de gens, à l'est et à l'Ouest, trop des deux. Ce qui fait aboutir à une sorte de psychologie de la consolation par le bas : « même riche, on n'a pas où aller dans ce pays ». Cela veut dire que l'on se retrouve à égalité dans l'enfermement et condamné au même ennui même avec beaucoup d'argent. Est-ce vrai ? Parfois. A Oran, il existe un spectacle plus désolant que la lune vue de près : celui de nouveaux propriétaires de voitures, petite classe moyenne issue de l'accès au crédit véhicule, qui se réunissent chaque fin de journée au beau milieu d'un rond-point en guise de terrasse, d'espace vert, de jet d'eau et d'esplanade. Pourquoi ? Parce que l'endroit est gratuit, donne sur un peu d'horizon, on y retrouve de l'herbe verte et de l'eau et il n'y a pas de gardiens de voitures, improvisés. L'image même du bonheur gratuit pour un Algérien moyen. Pourquoi ? Parce que depuis dix ans, le pays a enfanté une génération de couples algériens sans possibilité de loisirs et qui se retrouvent à chercher les buissons pour les présenter comme des forêts à ses propres enfants désherbés à la naissance. Vestiges peut-être de l'ascétisme socialiste, le tourisme interne n'existe pas encore en Algérie et l'Algérie lui préfère la promotion illusoire du tourisme externe qui n'arrive pas et n'arrivera jamais après la mort des derniers pieds-noirs. Du coup, les Algériens tournent en rond avec leurs voitures neuves, riches ou pauvres, et débordent vers les plages sales ou trop payantes pour croire à leurs propres loisirs ou se replient vers leurs parents, les ronds-points ou les dernières forêts possibles. Dans les trois cas, on y découvre ce que les harragas ont découvert en premier : on ne s'amuse pas dans ce pays. La nouvelle classe moyenne algérienne, celle qui a résolu le problème de la voiture, de la machine à laver et du LSP, découvre alors qu'il y a une chose qu'on ne peut pas acheter parce que personne ne la vend encore tellement mal: le bon temps et l'amusement. On y préfère l'investissement en minoteries plutôt qu'en parc à thèmes bien que la demande devienne un gisement pour celui qui veut se faire de l'argent. Pourquoi ? Parce que les Algériens ne sont pas Tunisiens ou Marocains par exemple et la Tunisie est un pays plus vaste que l'Algérie vue sous l'angle du prospectus et pas celui de la démocratie. D'où cette évidence : La surface d'un pays est comme le volume d'un coeur généreux : cela ne se voit pas mais se sent de loin et se mesure au sourire et à la détente du visage
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Mar Aoû 05, 2008 11:47 am

Faut-il accuser les frères Barberousse ou soi-même ?
par Kamel Daoud


Finalement, et avec toute la superbe intelligence qu'on lui suppose parce qu'il est assis sur le dos de tout le monde et voit donc plus loin que sa monture, le Pouvoir a cédé à la naïveté en ce qui concerne la solution par l'investisseur étranger, «cerveau en main». Loin de la logique des intérêts, l'investisseur étranger, grand tracteur des époques post-communistes, a été confondu avec l'image subliminale du tracteur russe ou de la vache polonaise: il suffisait d'en importer en vrac pour voir le lait couler jusqu'à la bouche et l'herbe pousser jusqu'à faire refouler le Sahara. Il a suffi cependant de rien pour qu'on redécouvre qu'on n'entre pas en affaires et en libéralisme comme on inaugure un village socialiste exemplaire: les vaches peuvent être maigres, carnivores et tout bonnement plus rusées que ses propres rêveries de dragon nord-africain à base de lézards locaux. Brusquement donc, après avoir investi le discours de charme et la vente des potentialités comme une alternative au pétrole, on redécouvre que les hommes d'affaires ne sont pas des ONG caritatives mais des hommes d'affaires: ils n'ont pas à résister au charme d'un pays qui se vend comme une mamelle et pas comme entreprise. Faut-il en vouloir à certains d'être venus au pays pour y faire des affaires ? Non. Là où on ne sait ni vendre, ni se décider très vite, ni s'offrir au bon prix, ni négocier ses atouts, ni mener des enchères, il ne faut pas s'étonner de voir venir à soi un genre de clients saisonniers intéressés par le butin et pas par la récolte. C'est une vieille loi psychologique: les pirates sont éternellement attirés par les îles et les régences en perdition. Des frères Barberousse aux pirates du moment, le pays n'a attiré les regards et les débarquements que lorsqu'il était réduit en morceaux et en appelait au sauveur. Dix ans pour découvrir qu'un investisseur étranger n'est pas un tracteur socialiste, c'est un peu long. Et lancer les croisades contre ceux qui se font de l'argent dans ce pays et l'expatrient par citernes, est un procès trop facile. Que faire donc lorsqu'on s'est trompé de socialisme et, longtemps après, de libéralisme ? Réformer les lois, disent les faiseurs de lois. Peine perdue, penseront les martyrs encore intéressés par le spectacle en différé de l'indépendance: si certains en arrivent à quitter la terre sur des chaloupes percées, ceux qui restent n'hésiteront pas à la vendre sous leurs propres chaussures. Pourquoi alors demander à certains hommes d'affaires d'être plus nationalistes et plus honnêtes que nous ne le sommes nous-mêmes ?
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Mer Aoû 06, 2008 10:15 am

Une étrangère très camusienne avec usage de la télécommande

par Kamel Daoud

Un classique du genre: «l'élite algérienne n'existe pas». Un caprice de corporation pour une élite qui ne veut s'affirmer qu'en se niant, se dire qu'avec son propre procès. Pourquoi ? A cause du malaise. Le fameux. Le national. L'intellectuel se devant, selon un schéma d'emploi local, soit être «embeded», c'est-à-dire «incorporé» et fonctionner comme attaché de presse des Pouvoirs locaux, soit «en exil», insistant sur le vide du pays après son propre départ. Une troisième position, plus dandy, consiste à «s'exiler» à l'intérieur, présenter le dos mou du démissionnaire pour réfléchir sur les profondeurs abyssales de l'impossibilité du cerveau face à un pouvoir qui a deux bras. Chez la première catégorie, celle «engagée», on retrouve les meilleurs acrobates. Chez la seconde, les meilleurs «menacés». Chez la troisième, les meilleures analyses post mortem. Dans les trois cas de figure, on est loin de ce vacarme qui naît lorsqu'on entrechoque les métaphysiques et les idéologies comme des casseroles somptueuses.

Curieusement, aujourd'hui, le commentaire se fait rare sur la chose «religieuse», sur la violence terroriste et les légitimités violées. Lorsqu'on lui ferme la bouche, l'élite n'ayant plus à faire valoir qu'une collection de couchers de soleil et l'usage de l'écriture des mémoires pour régler les horloges. Les francophones s'y retrouvent, des décennies après Kateb Yacine, comme complexés par leur francophonie; les intellectuels arabophones s'y retrouvent comme réduits à la futilité après la chute de Bagdad et les intellectuels islamistes y optent pour la discrétion stratégique ou le mariage temporaire avec les circonstances de leur époque. Pour retrouver une devanture d'analyse et une scène d'engagement à propos de l'actualité algérienne ou une réaction après un cycle d'attentats ou de coups d'Etat, il faut se replier vers les syndicats autonomes, les enterrements de notables, quelques livres mal lus ou les «licenciés» de l'Etat. Contrairement aux années 90, personne du clergé national ne trouve à analyser le phénomène de la violence terroriste, trop vite réduite à une explication par la faim ou par Ben Laden et que seuls Zerhouni, Ould Abbas et quelques blessés interviewés par l'ENTV sur les lits des hôpitaux, trouvent à commenter. Il y a des airs de mission accomplie ou d'usure des discours qui font que le clergé algérien ne trouve plus d'autre matière pour se confectionner de la visibilité sauf cet abominable auto-cannibalisme des tirs amis ou des encensements par copinage. Les grilles de lecture y semblent avoir été épuisées au point de laisser le réel algérien nu, à subir ou à fuir, indépassable sauf comme une fatalité et impossible à analyser sauf par l'adoubement servile ou la rancune à partir des exils en Occident. Pire encore, des intellectuels ne sont même plus menacés particulièrement, sauf par d'affreuses mises en scène, et se contentent d'une sorte d'usure folle pour continuer à vivre. Cela fait presque conclure, à certains, à la fin d'une époque, d'une langue ou d'une façon de voir le monde comme un monde réparable. L'époque en est presque au zapping mental et le vide s'offre comme un bien vacant aux «Emirs tôliers» ou aux prières pour obtenir de la pluie, entre deux voitures piégées et trois attentats. Le pire est que le cercle est fermé: cette chronique étant la preuve même de ce qu'elle dénonce.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Mar Aoû 12, 2008 11:31 am

Le total égal à zéro

par Kamel Daoud

Le pays est désormais réglé (déréglé) comme une horloge qui n'indique pas le temps, mais un rembobinage quotidien des événements de la veille avec variation sur les chiffres et des bilans : chaque jour, vu par son Dieu ou par un satellite démodé mais attentif, le pays assure son quota journalier d'événements fixés par un calendrier intime, ne menant à rien ou seulement aux remises en question genre « nous avons tout faux ». 1°- Un quota d'immigrés clandestins capturés en haute mer et sauvés parce qu'ils voulaient se sauver et ramenés sains et saufs dans le pays où ils ne se sentaient ni sains, ni saufs. 2° - Un quota de terroristes capturés après une opération militaire dont on ne saura rien, car cela ne concerne que l'Etat comme le veut l'Etat. 3° - Un quota d'émeutiers arrêtés après le saccage de leur propre commune accusée de ne pas donner trop de lait et seulement avec un seul sein (l'autre étant tari depuis Boumediene), de danser uniquement pour le chef de daïra et le wali, d'avoir une route qui ne mène à rien et de n'offrir comme occupation que l'attente des cigognes, le trajet vers la mosquée et les préparatifs du mariage du cousin dans la chaleur. 4° - Un quota de morts par accident de la route, dans un virage, lors d'un dépassement, à la suite d'une fausse manoeuvre et à bord d'un véhicule inconfortable. Un scénario valable pour la circulation, la politique, l'histoire, le destin collectif ou le hasard. 5°- Un quota de victimes d'une explosion kamikaze et qui vont soit mourir, soit être visités par Ould Abbès, soit interviewés par l'ENTV, soit raconter les détails pour les journaux privés, soit se mettre à prier, à déménager, à sursauter ou à vivre plus intensément et à mourir moins bêtement. 6° - Un quota de relogés dont la fête de l'Indépendance va être gâchée par des non-logés qui vont menacer de se faire exploser avec une bouteille de gaz trois minutes après avoir réoccupé les carcasses laissées par leur prédécesseurs et avant que les chauffeurs des Bull de l'APC ne retrouvent leurs clefs de contact. 7° - Un quota de grévistes qui vont menacer, entamer, continuer, arrêter ou négocier une grève, sa facture, son poids, sa légitimité, son audience ou sa valeur pour obtenir de meilleurs salaires parce qu'en Algérie, à la fin de la journée, ce n'est pas le travail qui vous fatigue mais la nationalité et les concitoyens. 8°- Un quota de déclarations officielles concernant le métro d'Alger, la privatisation, la loi de finances, les facilitations administratives, les réformes ou les révisions d'anciens textes. 9°- Un quota de rumeurs sur le 3ème mandat, le énième gouvernement et les imminents changements. 10°- Un quota de protestations soit au port, soit chez les concessionnaires de véhicules, soit chez les producteurs de pommes de terre, tous protestant contre un Etat qui n'existe pas ou qui n'existe que trop.

Et cela dure depuis des années, avec une mécanique de reproduction du temps par photocopieuse et pas par rotations des sphères célestes. Au point où l'on peut lire l'actualité de la veille dans le journal de l'an dernier, et au point de faciliter la lecture de l'avenir le plus insondable seulement avec le rappel des événements du même jour. Pourquoi ? Parce que l'une des vocations les plus premières de l'Algérie, c'est d'arrêter le temps, de l'enfermer dans un cercle névrotique majeur et d'éviter d'affronter les grandes questions. L'Etat le fait depuis 92, le peuple le fait depuis sa naissance. Que se passe-t-il lorsqu'on additionne tous les quotas dans une colonne ? Rien ou seulement une seule évidence : des Algériens meurent et ceux qui ne meurent pas font n'importe quoi ou le subissent. Chez nous, lorsqu'on souffre d'un malheur « c'est le Destin ». Il y a pourtant pire : ne pas avoir un destin du tout et tourner en rond après avoir chassé tous les colons de l'histoire.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Mer Aoû 13, 2008 10:48 am

Comment détruire une Révolution


par Moncef Wafi


L'image de la semaine. Du mois. De la honte. Des Palestiniens, frères d'ombre, se tirent dessus. D'autres Palestiniens, à poils, le caleçon en moins, les bras en l'air et la dignité en berne, sont accueillis par les fusils israéliens. La Palestine était à genoux, les Palestiniens l'ont achevée d'une balle dans le dos et de trente secondes d'images ayant voyagé à travers les télés du monde. Les Palestiniens ont réussi superbement là où Tsahal et les spins doctors ont échoué. Ils ont discrédité leur cause à coups de morts réciproques, d'attentats maisons, de trahisons et de sous-traitance pour certaines capitales arabes et occidentales.

Lorsque Olmert, l'escroc de Kadima, a proposé de rendre la Cisjordanie aux Palestiniens, moins 7,5 % des territoires, quand Ben Eleizer, le boucher de Ghaza, regrette de ne pas mettre à feu et à sang la Bande, c'est tout un mythe qui s'écroule autour des dernières certitudes. Les Palestiniens continuent leurs jeux de guerre en se tirant dessus à qui mieux mieux. Hamas et Fatah, après la deuxième mort de Arafat, sous-traitent pour l'Etat hébreu en retournant le canon de leur fusil contre leur propre poitrine. Il ne se passe pas un jour sans que l'arabitude des Palestiniens ne soit mis en avant de leur propre suicide collectif. Lâchés par leurs frères de sang et de langue, trahis par leurs propres intestins, ils n'en finissent plus de tomber après avoir tout perdu. Dans ce sang qui coule dans les caniveaux de la bande de Ghaza, c'est toute la symbolique des Arabes soucieux de faire le plus de victimes parmi leur reflet. Car qui mieux qu'un Arabe pour zigouiller un autre Arabe, et ça fait deux Arabes de moins capables de combattre le véritable ennemi de ce qui reste comme Nation arabe. Par gouvernements interposés et pour des intérêts bassement personnels, les Palestiniens s'efforcent de faire le plus de dégâts dans le camp adverse. Des uniformes semblables, une cause commune, hier côte à côte à faire face à l'occupant israélien, aujourd'hui tapis derrière un Abbès ou Haniya à essayer de se faire mal. Le plus affligeant est cette image qu'ils renvoient dans le monde, ternie un peu plus par la grâce des prismes déformants des médias aux pieds et l'exemple qu'ils donnent pour des générations d'Arabes qui ont toujours vu dans la cause palestinienne leur cause. Que les armes fratricides se taisent à jamais, qu'on emprisonne ces nouveaux dirigeants prompts à faire plaisir aux coups de fil de Condorice, qu'on brûle tous les traités de paix passés avec la croix de David et qu'on ressorte la Kalachnikov, le keffieh, le rameau d'olivier et qu'on meurt dans la dignité.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Mer Aoû 13, 2008 11:00 am

Je n'ose imaginer le jour ou la Palestine sera indépendante :/
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Jeu Aoû 14, 2008 12:04 pm

De l'islamisme horizontal aux tribunaux populaires

par Kamel Daoud

La conséquence est automatique : on ne peut pas «gonfler» la pseudo-menace de l'évangélisation en Algérie, remplacer la construction de l'avenir par la construction pléthorique de mosquées et faire oublier qu'on n'arrive pas à s'autosuffire en pomme de terre en grimant la RADP par une fausse barbare invisible et s'en sortir avec un pays sain au bout de la moissonneuse-batteuse. Si aujourd'hui, dans certaines régions du pays, à Sidi Aïssa ou Annaba, on en est arrivé à la chasse aux estivants et au saccage de quelques complexes touristiques pour des raisons de «purification» des moeurs et des paysages, c'est parce que l'Etat lui-même, à son plus haut sommet, a choisi une voie qui l'encourage et s'occupe de démontrer une religiosité plutôt qu'à trouver une nouvelle légitimité.

On a cru, un moment, vaincre les courants forts de l'islamisme politique avec quelques portefeuilles pour les plus monnayables et quelques discours conciliants. Le consensus a réussi pour le partage des pouvoirs périphériques mais pas pour le reste. Dix ans de terrorisme n'ont pas eu pour conséquences une laïcisation des moeurs et des idéologies au pouvoir, mais un basculement généralisé des foules vers un conservatisme des moeurs prompt à la dérive et à l'intolérance et une sorte de réaction par le sentiment de culpabilité chez les élites, qui n'osent plus toucher au religieux et se font discrètes sur cette iranisation que l'on est allé saluer dans son pays d'origine.

La mode algérienne du moment étant à une sorte de synthèse entre une religion d'Etat qui fait la part belle aux archaïsmes et aux compromis, un Etat qui cherche une mission et une nouvelle dignité en multipliant les signes de son «repentir» et une population poussée à endosser les rôles de brigades sauvages des moeurs et de milices de surveillance des couples et des plages.

Là où l'on a «répondu» à l'émeute cyclique par la distribution corrigée de la rente et pas par une véritable relance, il ne faut pas s'étonner de voir la violence populiste se prévaloir aujourd'hui d'une nouvelle légitimité et s'accaparer les fonctions de tribunaux expéditifs avec des morts d'hommes et des lapidations de cadavres, justement parce que la foule se sent forte dans son droit et apte à remplacer l'Etat là où il n'est plus que reliques et apparat.

La formule est tellement usée mais il n'en y a pas d'autres : il s'agit d'un très grave dérive. L'Algérie a fini par créer une sorte d'islamisme horizontal qui ne demande plus à l'Etat «d'où as-tu cela ?», ni le partage des commandes pour une république à la chariâa, mais attend que l'Etat vienne à lui en repenti par petits glissements, en laissant aux foules désemparées l'occupation sinistre de convertir ses impasses et ses violences en missions de surveillance des moeurs et en cotisation pour des mosquées, palliatifs des autres solidarités manquantes.

Aujourd'hui, entre un Etat qui ne fonctionne plus qu'à la réaction ou à la distribution des revenus de son pétrole et un affaiblissement des institutions, les foules optent pour l'habillage qu'elles croient être béni par Dieu, l'Etat et l'histoire algérienne : le radicalisme religieux le plus populiste. Le petit peuple croit ainsi obtenir les pluies en chassant les femmes mal habillées, provoquer les barakas en assainissant les plages ou réformer son réel en se faisant justice lui-même au tribunal des valeurs les plus encouragées aujourd'hui : l'intolérance, le refus de l'autre, le rejet des libertés et la quête des guérisons miraculeuse par la rokia dans les villages et par des discours messianiques au sommet de l'Etat.

Comme si dix ans de terrorisme ne nous ont servi à rien, sauf à décapiter les ambitions politiques des courants islamistes, avant d'en remplacer les prêcheurs enflammés par un régime de concessions plus néfastes. Dieu ! C'est à croire que cette terre n'a jamais eu le choix qu'entre deux moments sinistres : le radicalisme des foules lorsque l'Etat est faible ou l'autoritarisme de l'Etat lorsque les populations sont soumises.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Ven Aoû 15, 2008 12:56 pm

الجزائر تشارك بفيلم أيروان في مهرجان الإسكندرية السينمائ

http://www.elaph.com/Web/Cinema/2008/8/357107.htm
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Sam Aoû 16, 2008 1:26 pm

Le radar des routes vu comme un Colon


par Kamel Daoud


Beaucoup
de gens le font, gratuitement, juste pour le
plaisir, celui immémorial de l'Algérien qui « double »
l'administration, l'ordre,
la loi peut-être, l'Autorité sûrement : vous signalez un radar
embusqué, à
coups de phare en venant dans le sens inverse de votre route. Le
bonhomme qui
vous avertit si gracieusement ne vous connaît pas, le fera sans
contrepartie et
n'attend de vous que la même chose la prochaine fois. D'où, la question
de fond
: pourquoi les Algériens ne sont pas solidaires pour nettoyer une cage
d'escalier, résister à un coup d'Etat, repousser des émeutiers, planter
une
forêt toute neuve ou fabriquer un espace vert pour leurs enfants, et
pourquoi
le sont-ils contre un radar qui traque les excès de vitesse ? Parce que
le
radar représente la police des routes, c'est-à-dire l'Administration,
c'est-à-dire
l'Etat, c'est-à-dire l'éternel adversaire. Nous avons été solidaires,
dans la
passivité, en courbant le dos contre la vague, en faisant le mort,
autant
contre les Ottomans, les Français, les Romains et tous les autres
peuples qui
sont venus chez nous, pour changer d'habitudes après l'Indépendance.
Pour la
psychologie collective de l'Algérien d'aujourd'hui, avatars de tous les
Algériens qui sont morts et qui sont venus mourir sur cette terre, le
Colon a
toujours été représenté par le Beylek, la route et
l'impôt et l'amende. Le radar d'aujourd'hui a ce malheur d'incarner les
quatre :
il fait donc ressurgir le même réflexe de solidarité instinctif, la
même
solidarité enthousiaste et presque épique, la même résistance. Les
colons sont
tous partis, chassés par les nôtres ou par la lassitude et l'histoire,
il en
reste, chez les Algériens, l'habitude de prendre les armes, de
s'entraider avec
des coups de phares et de contourner l'autorité par les moyens de la
violence
ou du maquis cérébral. C'est dire qu'on ne guérit pas rapidement
d'avoir été si
longuement colonisé, et qu'il en reste toujours des moeurs et des
habitudes qui
tournent à vide, puisque aujourd'hui, nous sommes pour la première
fois, depuis
des millénaires, entre nous-mêmes, libérés mais réoccupés par les
nôtres, décolonisés
mais astreints à la même lutte absurde contre le vide et le semblable.
D'où
cette culture de l'adversité comme seul rapport social, cette façon de
ne se
sentir utile et héroïque que dans la résistance à l'autorité, et ces
manières
de se sentir légèrement guerrier et solidaire en saccageant le bien
public, celui
du Beylec, en abandonnant au rats les cages
d'escalier et en soutenant le paradoxe de la société nucléaire, ne
songeant
qu'au pas de sa porte et à l'intérieur de ses appartements, tout en
démontrant
un sens incroyable de la résistance face aux radars des routes, au
fisc, à
l'uniforme et à l'Etat qui, éternellement, est perçu par l'Algérien
comme
exogène, étranger, venant d'ailleurs, de haut, du dehors. D'où cette
mentalité
du virage, cette attitude biaisée fondamentale et ces habitudes de ne
comprendre les pouvoirs que comme rapports de force, de ne respecter le
gouvernant que s'il est en colère et tire par l'oreille ou use de la
falaka. D'où cette conclusion que le colon nous est peut-être
nécessaire, pour nous pousser à exhiber le
meilleur de nous-mêmes, nous condamnant à la neurasthénie en son
absence et à
l'héroïsme en sa présence. D'où ce besoin de le retrouver même sous les
formes
d'un radar de route, sensé limiter l'hécatombe des routes et pas
ponctionner
les salaires au-delà de 80 km/h. D'où cette crise de l'Etat et du
contrat social
chez de nombreux peuples trop longtemps colonisés pour pouvoir revenir
facilement à la norme. D'où le malaise de l'Algérien face à son Etat
qui lui
demande un peu de civisme de temps à autre, et seulement de prendre son
téléphone pour dénoncer un autre Algérien qui saccage un lampadaire,
comme le
ferait n'importe quel retraité américain habitant un petit village de
Tempa en Floride. D'où la sensation d'être un collaborateur
ou un harki en le faisant, et la sensation de se sentir comme un héros
en
avertissant le coupable. D'où tout le reste, encore une fois.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Lun Aoû 18, 2008 3:18 pm

Une tentative d'explication au-delà de Bennabi

par Kamel Daoud

C'est le propre des pays tout neufs et dont l'indépendance est déjà usée: se poser les grandes questions à partir de simples soucis domestiques, au retour de vacances à l'Etranger, au sortir d'une administration ou en regardant un gardien de trottoir qui vous regarde de loin, qui ne bouge pas le petit doigt quand vous stationnez, mais qui se lève comme un propriétaire lorsque vous manoeuvrez pour partir. Ainsi, celle qui a la meilleure cote dans la psychologie locale : « Pourquoi sommes-nous ainsi ? ». Dans le tas, l'anthologie nationale dégage de trop grandes pistes. 1°- A cause des premiers jours de l'indépendance. Gonflé à bloc, invité à participer à une utopie puis doublé par les plus armés, le peuple en conçut, selon cette thèse, une profonde rancune pour les libérateurs, donc pour l'Etat qui les employa après le départ de la France et pour la promesse non tenue de la liberté chômée et payée pour tous. Comme après l'enthousiasme ou l'amour, la déception fut rapide, le refroidissement violent et la tristesse intraitable. 2°- A cause du socialisme : privilégiant la masse sur l'individu, le socialisme échoua à créer la richesse, mais créa une sorte de populisme qui créa une sorte d'irresponsabilité de tous envers tous et, partant, une sorte d'anonymat qui permet à l'Algérien d'être scabreux, immoral et félon sous couvert que tous sont de même. L'état de l'Algérie étant un crime commis par tous, dénoncé par tous mais dont chacun est innocent face au peuple qui ne vaut pas son nom. La règle mathématique de « tous égaux », mène à l'addition que personne ne vaut mieux que l'autre et que tous sont égaux au zéro fondateur. 3°- A cause de la religion. L'Islam étant la religion de l'Etat, le peuple le pratique comme l'Etat l'utilise : pour cacher le reste, pour remplacer les récoltes par des rites, pour faire croire à une identité en la remplaçant par une identification et pour attendre le Paradis en multipliant les ablutions. Par réaction à l'Etat, la religion peut servir à le détruire en détruisant tout, y échapper en regardant le ciel et pas où l'on pose les pieds ou pour démissionner de la vie en la fuyant, ou en la tuant. Selon le peuple qui la pratique, une religion pouvant servir à expliquer le monde, le peupler, le mener, le conquérir ou servir à se cacher derrière le dos d'un imam pour tourner le dos à tout le reste. D'où ce paradoxe d'un peuple à l'immoralisme évident, à l'intérieur d'un peuple à la religiosité exacerbée. 4°- A cause de l'histoire : elle a été si mal racontée que personne n'en est fier, traficotée au point où personne ne l'écoute et tellement remplacée par des versions que chaque Algérien a le droit légitime aujourd'hui, de se réclamer martyr, ancien moudjahid, contemporain de l'Emir Abd El-Kader, tombé en champ d'honneur et capable de prouver qu'il est né avant l'indépendance, pendant et même après. Selon l'histoire, nous avons été tellement colonisés que nous en sommes malades, désoeuvrés si nous ne prenons pas les armes, et oisifs s'il n'y a pas un colon à servir ou à chasser. Lorsque deux Algériens se rencontrent, même s'ils sont nés dans les années 80, ils se reprochent automatiquement, sans le dire ni l'avouer, d'avoir été lâches au point de n'avoir eu un pays qu'après trois millénaires de dispersion, d'avoir trahi un troisième qui en est mort, d'avoir volé pendant que les autres fêtaient l'indépendance ou d'avoir traficoté des attestations d'héroïsme à l'époque où ils n'étaient pas encore nés tous les deux. D'où ce réflexe algérien de se réclamer de la bravoure lorsqu'ils parlent officiellement, et de s'accuser d'avoir attendu la dernière minute pour tirer une balle lorsqu'ils se regardent les uns les autres. Chaque Algérien étant coupable aux yeux de l'autre d'avoir pris un logement, une cave, une médaille, un lot ou un poste pendant que l'autre tissait le drapeau national. En conclusion : le pays est composé, décomposé, par un peuple à la fois ultranationaliste mais aigri par son histoire, très conservateur mais rêvant du Pouvoir comme d'une recette pour obtenir le plus de femmes possibles, fier de son histoire mais seulement lorsqu'elle est une autobiographie, voulant servir Dieu en desservant le reste, aimant la richesse mais pas les autres riches et intraitable sur la surface exacte de son lot de terrain sans une seule pensée pour la terre collective. A la fin, cela explose, fait des morts, des blessés, des exilés, des partants, des névrosés, des intellectuels marins et des régimes qui ne peuvent que ressembler à leur peuple.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Jeu Aoû 21, 2008 10:35 am

Ce pourquoi les «attentats» sont perçus comme absurdes

par Kamel Daoud

Une myopie nationale persiste à multiplier les interprétations «locales» au lendemain de chaque attentat et de chaque massacre. Coincés dans la grille des «années 90», on s'interroge, sans en remarquer l'absurde, sur ce que veulent les kamikazes et leurs commanditaires : un état islamique aujourd'hui impossible ? Non. Un coup d'Etat par les armes ? Tout aussi impossible. Réussir un basculement populaire en leur faveur par la démonstration de la force et du martyr ? Une absurdité lorsqu'on multiplie les cadavres et les bombes. Contraindre l'Etat à une forme de négociation à « pied d'égalité» ? A peine concevable depuis dix ans et surtout après le 11 septembre US. Interprété du point de vue algéro-algérien, le terrorisme aujourd'hui se révèle comme une absurdité, tout autant que les déclarations de réactions officielles après les attentats. Dire que «le terrorisme est dans l'impasse» ne signifie rien. Répéter qu'il n'en reste que quelques dizaines d'égarés est une insulte statistique. Persister à défendre la politique de réconciliation algérienne est un acte démodé. Dans tous les cas, le terrorisme restera absurde lorsqu'on se contraint à l'expliquer par le «fait national» à l'époque même où il s'affirme comme une réalité internationale. Pour son malheur, l'Algérie n'est arrivée au consensus formel de la réconciliation et du compromis avec l'islamisme soft qu'à l'époque où le Djihadisme s'est mué en une mécanique transnationale, se nourrissant d'autres «frustrations» que l'éviction de 1992 et prétendant à d'autres anarchies meurtrières que la simple déstabilisation de l'Algérie.

El Qaïda peut n'être qu'une nébuleuse ou un label, elle n'en est pas moins une réalité, une psychologie et un phénomène qui laisse loin derrière lui l'offre de la réconciliation ou l'explication localisée des attentats menés en son nom. Dans ses analyses ou ses interprétations et même dans ses tentatives de solutions, l'Algérie entière semble parfois être en déphasage avec la réalité et continue de produire des « grilles » faussées avec les arguments insuffisants et dépassés du chômage, de la crise économique, de l'échec de la Réconciliation et de l'insuffisance de la relance. Oubliant avec insouciance ou trop de facilité que le kamikaze des Issers n'a plus rien à voir avec le révolté du FIS des années 90 et que si, pour ce dernier, on pouvait décrypter la revendication, pour le premier, il ne s'agit plus que d'un suicide qui prétexte de l'Irak, de Ben Laden, de Bush ou du reste pour aller se faire exploser en servant une cause qu'il croit juste et des intérêts dont il ne soupçonne même pas l'extension au-dessus de sa tête. Aujourd'hui, tout comme les luttes anti-terroristes, les terrorismes servent presque à tout. Croire qu'il s'agit d'un problème local mène à se heurter à l'absurde de ses manifestations.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Ven Aoû 22, 2008 11:41 am

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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Dim Aoû 24, 2008 12:51 pm

ENTV des années 90 contre terrorisme des années 2000

par Kamel Daoud

La filiale locale du holding d'El Qaïda a revendiqué les derniers attentats en Algérie selon un communiqué diffusé par El Jazeera. On y a relevé la revendication, l'identité mauritanienne de l'un des kamikazes (pour souligner le caractère régional de cette nébuleuse), sans noter le sens lourd d'un petit détail finement concocté par les stratèges en communication de ces groupes: l'affirmation d'une vague d'attentats ciblés, lancés en représailles contre l'une des dernières opérations réussies de l'armée algérienne, placée sous un slogan pompeux (Expédition de la vengeance) et déclarée comme close le 20 chaâbane, c'est-à-dire le jeudi 21 août dernier.

Pour les bons entendeurs, selon ce communiqué, il s'agit pour le groupe terroriste de faire comprendre qu'il garde le monopole de l'initiative, peut déclarer une vague d'attentats selon un calendrier de volonté et non selon une possibilité technique opérationnelle, et d'insister sur une capacité de nuisance contrôlée, réfléchie, voulue et maîtrisée selon les besoins de la riposte ou de l'action. Déclarer qu'il s'agit d'une campagne et déclarer qu'elle a pris fin selon une décision propre est une technique de communication de guerre pour un groupe qui veut casser l'image d'une nébuleuse de groupuscules en détresse, embusqués dans des maquis sans issues, pour se présenter comme une armée à part entière, capable de lancer des contre-campagnes et d'en décider de la durée, de la forme et des moyens. Une technique de propagande qui vise à installer le climat de la menace permanente, de la terreur volontaire et affirmer pour le GSPC local, les galons d'une guérilla imaginaire, capable d'imposer des clauses d'affrontements, des techniques de tranchées et des possibilités d'affrontement à large échelle.

Dans une société où la communication officielle est trop proche de la propagande grossière malgré les sympathies populaires, ce genre de technique fait son effet par la mécanique de la rumeur qui se donne de la crédibilité en annonçant le pire et en jouant sur les peurs. D'autant plus qu'en face, l'Etat en est encore aux recettes démodées de l'ENTV, aux déclarations triomphalistes et unanimistes et aux images peu convaincantes de ministres penchés sur des lits d'hôpitaux, à peine capables de traduire la compassion par les traits du visage ou l'usage d'une langue officielle trop morte pour convaincre. Vus à l'ENTV, nos ministres en déplacement sur les lieux des attentats sont souvent pitoyables, peu convaincants et désespérément coincés dans leurs bégaiements habituels. Ils font presque oublier que contrairement aux années 90, les Algériens sont convaincus de l'impasse islamiste et du caractère criminel du terrorisme, malgré la persistance de quelques thèses courantes sur des luttes au sommet, des manipulations ou des courses au pouvoir sur les cadavres des passants.

Il ne s'agit plus donc de convaincre les Algériens mais de revoir les moyens de communication de l'Etat pour ne pas dilapider ce capital d'adhésions populaires. L'ex-GSPC l'a fait, à sa manière et pour ses besoins, là où l'Algérie officielle, mis à part cette campagne dans les mosquées lors des prêches des vendredis, persiste à montrer des touristes à Boumerdès et à interviewer de faux passants pour faire passer le message de la condamnation et à défendre les bilans de Bouteflika au lieu de mener les gens à défendre leur pays et leurs maisons pour mieux les impliquer dans les nouvelles formes de la «résistance».
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Lun Aoû 25, 2008 4:45 pm

Tous coupables de soutien au terrorisme

par Kamel Daoud

La bonne question en Algérie n'est pas celle du « Pourquoi il y a du terrorisme ? » mais celle « Comment se fait-il qu'il existe des terroristes ? », c'est-à-dire des gens qui ont moins peur de la mort que de la vie. Des Algériens qui croient que le Paradis les attend avec femmes gratuites, vins à flot et fruits sans saisons rien qu'en se tuant et en tuant les autres. Pour expliquer le cas du kamikaze, il y a eu débat : de la faute au chômage à la faute au temps et à l'Etat, tout a été dit, en insistant, comme de coutume au pays sur le concept du butin et du partage inégal de la rente, sur la piste économiste, celle de la pauvreté, du manque d'emploi ou de la misère. Cela arrange l'Etat que l'on pense qu'il s'agit d'un problème d'argent et pas un problème d'idée et de matrice monstrueuse. Dans le tas, on évite avec un consensus grossier, de dire que s'il existe des terroristes en Algérie c'est parce qu'on les fabrique : à l'école, dans la mosquée, avec l'ENTV, avec les discours de la Présidence et dans les cafés maures. En Algérie, l'islamisme horizontal, celui de la rokia et de brigades des moeurs (« celui qui censure les films de l'inspecteur Tahar comme ils ne l'ont pas été durant les années 70 » notera un malin) ne peut qu'aboutir à la fabrication de gens qui pensent que l'Occident est un vivier d'impies, le Mal est dans l'autre, Dieu encourage l'assassinat, le Paradis est pour nous, la mort rapide est un orgasme rapide, et qui ont grandi avec l'idée de restaurer l'âge d'or, libérer la Palestine, convertir les Algériens à un Islam plus pur et refuser la vie parce qu'elle est une débauche. On apprend ce genre d'idées à l'école, dès l'enfance, on le confirme en regardant l'ENTV ou en écoutant la matrice sociale locale vous encourager à la vertu capillaire de la barbe, et à l'intolérance pour « défendre l'Islam, sauver la pureté, défendre l'identité et encourager l'authenticité».

A la fin, vous vous retrouvez, à vingt ans, convaincu par l'histoire officielle que rien ne change qu'avec les armes et la force, que l'Islam, le vôtre, peut gagner en tuant, que votre arabité peut se vanter de son désert et de son verbe, que « la vie ici bas est pour eux et la vie de l'au-delà est pour nous » et que le meilleur moyen de plaire à Dieu, c'est de mettre en miette ses créatures. En Algérie, comme dans le monde arabe, le terrorisme a été fabriqué par un islamisme et une idéologie conservatrice religieuse elle-même fabriquée dès les premières années des indépendances. De la Nahda (Renaissance) à la Katibat (terroriste), le chemin est tortueux mais il a été encouragé par tous: de l'Etat au manuel scolaire. Des décennies après, avec des régimes encore bâtis sur un compromis entre le nationalisme et la courtisanerie des foyers les plus conservateurs, Zaouia, repentis, clergés religieux, etc, on ne peut obtenir au bout de la branche sur lequel on est assis que des kamikazes, pressés de plaire à Dieu avec des boucheries et d'obtenir le plus de femmes et d'éternité avec une ceinture d'explosifs. Ce que nous n'avons pas compris, ou que nous ne voulons pas comprendre, c'est que tout fabrique du «kamikaze» chez nous, sous nos yeux et sous nos oreillers. Cela met vingt ans à croître mais cela n'attire l'attention et l'interrogation que le jour de l'explosion.

Ce n'est pas le terrorisme qui est dans l'impasse, c'est nous : le kamikaze a son but qui n'est pas absurde à ses yeux. Ce sont les régimes et les victimes qui n'arrivent pas à comprendre de quel ventre est né le suicidaire. Certains le savent : si on fabrique une bombe en trois jours, il faut cependant un bon cursus scolaire dévoyé pour fabriquer un kamikaze. Il existe des dizaines d'autres pays pauvres, en crise, sous dictatures ou en mal de vie, mais on ne s'y explose pas dans les rues des villes. La raison est qu'on n'y apprend nulle part qu'on peut aller au paradis avec des armes et plaire à Dieu avec des explosifs. Cela s'apprend chez nous et la conséquence des intolérances premières, celle des conservatismes malheureux, de la chasse à la jupe courte et du remplacement du devoir de la terre par la construction de mosquées, ne peut qu'aboutir aux attentats et aux meurtres.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Mar Aoû 26, 2008 12:17 pm

A portée de mémoire

par Aïssa Hirèche

Il est étonnant tout de même que, jusqu'à présent, on n'arrive pas dans quelques parties du monde à se défaire de certaines pratiques aussi vieilles que l'univers et aussi déconcertantes qu'inquiétantes. Aujourd'hui, ce n'est un secret pour personne, grâce à la généralisation des connaissances managériales et d'informatique, les capacités de travail des hommes et des organisations ont simplement explosé. Les possibilités de stockage et d'archivage des informations, devenues illimitées, permettent certes un travail plus facile mais elles évitent, surtout, qu'il y ait lacune humaine comme l'amnésie, l'oubli ou la négligence. Tout est si facile et à portée d'un simple clic.

Dans des contrées où l'on ne semble pas trop pressé, la technologie n'arrive pas encore à remplacer les hommes, surtout lorsqu'ils sont anciens, comme antérieurs au big bang et plus, d'autant plus que ces derniers font toujours de manière à ce que tout dépende d'eux. Ils s'installent en indispensables, deviennent autant se peut mémoire de leur organisation et, à partir de là, bonjour les défaillances !

Les instructions sont vite oubliées, les attentes se prolongent infiniment et les hommes peuvent même mourir tranquillement. Eux, cependant, affairés à essuyer leurs lunettes trop épaisses et striées par le sable des années, tentent, comme le leur permet l'âge, de ne pas paraître dos trop courbé, histoire de leurrer encore une fois, ne serait-ce qu'une dernière fois, un miroir devenu aveugle de vieillesse. Véritable mémoire défaillante des hommes et des organisations, ils ne peuvent pas être plus qu'un mauvais pense-bête que d'aucuns aiment à tenir à portée de mémoire. Ce n'est pas la fatigue qui est en cause, loin de là, car cette dernière est source d'orgueil en fin de journée ou de vie, pour ceux qui ont fait ce qu'il fallait. C'est plutôt le fait de maintenir et d'encourager la sénilité qui ne devrait pas se produire de nos jours.

Dans un pays plutôt jeune, et où le nombre des diplômés chômeurs est stupéfiant, les premiers à faire remplacer sont sans doute ces individus inefficaces et qui, plus est, ont dépassé, pour la plupart, l'âge de retraite depuis la première invasion étrangère.

Nos managers font les beaux jours d'autres organisations sous d'autres cieux, nos informaticiens brillent de mille feux ailleurs, il est tout simplement incompréhensible que l'on continue à faire semblant de ne rien voir. Parfois cela peut ne pas être grave, mais il y va, le plus souvent, de choses très sérieuses.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Mer Aoû 27, 2008 11:12 am

Trois personnages dans un couffin

par Kamel Daoud

C'est un pays vaste, habité du sud au nord par un oléoduc, du nord au nord par un intestin, de l'est à l'ouest par le tracé d'une autoroute et du sud au sud par des hommes gentils tricotant des vents de sable et empaquetant des paquets de Marlboro. Y habitent trois personnes: un Président, un peuple et des gens malins. Le premier se croit unique, seul, inévitable, fort et incontournable. Sa faiblesse est qu'il y croit vraiment, sa force est qu'il croit qu'il a un destin là où les autres n'ont qu'un passé et à peine un présent, expliquera un esprit malin au chroniqueur. C'est pourquoi il ne parle presque pas ou seulement à Dieu, aux étrangers et aux groupes d'Algériens de plus de 300 personnes dans une seule salle et en un seul discours. Le second, le peuple, se croit lui aussi unique, seul, inévitable, fort et incontournable. Sa force c'est son nombre, ses modes de reproduction, ses racines sans récoltes et son poids en vrac. Sa faiblesse c'est sa naïveté en politique et sa ruse dans la division du travail. Le troisième, les gens malins se croient eux aussi uniques, seuls, inévitables, forts et incontournables. Leur force est dans la ruse propre à tous les néocolonisés, la proximité avec les robinets, le soutien des anciens colons et la capacité à placer les ministres et à fabriquer les lois de finances selon les besoins de la cueillette.

Comment les trois vivotent ensembles ? Quand le peuple a faim, on lui donne à manger un peu pour qu'il ne crève pas en martyr et lorsqu'il demande l'équité, on lui donne un cheval ou on lui change son Président. Lorsque le Président se dit fatigué, on lui ramène la moitié du peuple à la fenêtre qui lui criera qu'on n'attend que lui. Quand le Président ne veut pas partir, on lui ramène l'autre moitié du peuple et on ne lui donne rien à manger pendant longtemps. Que fait le peuple dans ces cas-là ? Rien: 130 ans de colonisation ont démontré que c'est un héros fainéant qui se bat bien, mais réagit lentement. Reste le Président: avec son destin écrit pour lui tout seul, il est là: il n'aime pas le peuple qui l'a oublié dès 1979, ni l'Etat qui a choisi un autre là où l'histoire n'attendait que lui, ni le pays qui le trompe énormément. Son souci étant de trouver comment sortir de l'histoire honorablement ou la continuer en se la racontant à soi-même. Dans tous les cas, le destin lui permet d'avoir un destin: s'il gagne contre les gens malins, il aura mieux fait que Messali, survécu plus que Boudiaf, gouverné mieux que Zeroual et pourra mieux finir que Ben Bella. S'il échoue, il aura déjà mieux résisté que Chadli.

Que disent les gens malins ? Ils ne disent rien mais agissent. Ils vendent, achètent, pensent, se rétractent, recrutent, consultent, nomment, conseillent et menacent. Leur recette est toujours la plus simple: faire croire au peuple que c'est lui qui a libéré le pays et faire croire au Président que c'est lui qui libère les deux. Ainsi, et malgré l'apparence de désordres terribles du pays, chacun a son rôle et son bon usage: on offre au Président la chance unique de reprendre sa propre histoire à partir de la date fatidique de 1979 et au peuple la croyance qu'il va redémarrer à partir de 1962. On offre aux deux l'attente qui fabrique les meilleures religions. Chacun dans sa bulle, les plus malins étant eux-mêmes au service de plus malins qu'eux. Dans la sourde et rapace hiérarchie carnivore de la mondialisation, certains pays respirent encore alors qu'ils sont allongés dans du pain.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Jeu Aoû 28, 2008 12:20 pm

Tourisme, voile... et puis quoi encore ?

par Aïssa Hirèche

La célèbre lutte pour «l'attractivité du territoire» qui a envahi tous les secteurs économiques, de l'industrie à l'agriculture aux services, est devenue, de nos jours, aussi visible que le soleil du mois d'août à midi. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à voir ce que déploient les pays, un peu partout sur cette planète, comme efforts, comme arguments de conviction et, surtout, comme atouts de séduction, aux fins d'attirer le maximum d'investisseurs étrangers.

Dans le tourisme, il n'en va pas autrement bien sûr, sauf que, dans ce domaine, ramener les investissements ne suffit pas si l'on n'arrive pas, en plus, à ramener les touristes eux-mêmes. Tous ces flux de touristes qui sillonnent la planète, et à de rares expressions près, sont guidés, orientés et, parfois même, poussés par un travail exceptionnel à la base qui n'a rien à voir, bien entendu, avec les «zerdas» mal improvisées çà et là et entreprises sans trop de conviction. Ceux qui savent offrir les meilleurs atouts sont ceux-là qui récoltent le plus de visites. C'est une vérité que l'on peut vérifier sans peine, que ce soit chez nous ou ailleurs. Cette année, une région célèbre dans le monde a fait le plein. Un plein à craquer. Au point où une certaine presse, qui n'en cache pas son agacement, en a oublié jusqu'aux règles les plus élémentaires de l'hospitalité, surtout qu'elle est si chèrement... payée. Et, bien sûr, ce ne sont pas tous les touristes qui sont visés, mais uniquement ceux venus d'une certaine partie du monde. Les raisons ne sont à chercher ni du côté de la logique économique, ni de celui du «touristiquement correct». Elles doivent plutôt se trouver du côté d'une xénophobie sélective qui, telle l'oeil du cyclone, ne va que là où elle a envie de casser.

Il n'y a jamais eu autant de femmes touristes... voilées que cette année dans cette région, information rapportée par quelques journaux locaux, qui n'ont pas oublié de les suivre jusque lors des achats dont ils mettent en relief, bien sûr, le caractère «extravagant» sans oublier d'insister, à chaque fois, sur les titres, les noms et les fortunes. Simples paparazzis en quête de scoops ? Non, franchement non, car si les paparazzis n'ont que peu d'égard pour la vie privée de ceux qu'ils pourchassent, il faut leur reconnaître qu'ils gardent grand le respect des différences culturelles. Les paparazzis ne se laisseraient jamais tomber, par exemple, jusqu'à souligner que «ces femmes ne sont jamais loin des moustaches de leurs maris» ! Et puis quoi encore ?
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Ven Aoû 29, 2008 3:41 pm

الجزائر تعزز إجراءاتها الأمنية تخوفا من تصعيد برمضان

الجزائر:
دفعت سلسلة الإعتداءات الدامية التي ضربت مناطق عدة من الجزائر خلال الصيف
الحالي السلطات، إلى تعزيز إجراءاتها الأمنية مع إقتراب شهر رمضان، وإلى
التوجه مجددا الى الرأي العام لتعبئته ضد "آفة الارهاب". وعززت الاجراءات
الامنية حول المدن وداخلها خصوصا حول المباني الحكومية التي تبين انها
الهدف المفضل للمجموعات الاسلامية المسلحة.
وفي هذا
الاطار زيدت الحواجز التابعة للشرطة والدرك على الطرقات، ومن قسنطينة
(شرق) الى وهران (غرب) انتشرت قوات الامن بشكل مكثف وهي تعمل على تفتيش
السيارات والتدقيق في هويات ركابها. وفي البليدة جنوب الجزائر العاصمة
كانت السيارات تقف في طابور طويل امام مقر المنطقة العسكرية الاولى حيث
تخضع للتدقيق من قبل جهاز آلي يكشف المتفجرات. ولوحظ تكثيف كبير للحواجز
على الطرقات التي تؤدي الى شرق البلاد.
وكانت
المناطق الشرقية من الجزائر شهدت خلال الاسابيع القليلة الماضية عددا من
الاعتداءات الدامية اودى ابشعها بحياة 48 شخصا امام مدرسة الدرك في يسر
على بعد نحو 60 كلم شرق الجزائر في التاسع عشر من آب/اغسطس.
وتبنى تنظيم
القاعدة في بلاد المغرب الإسلامي هذه الاعتداءات التي اوضح انها تأتي ردا
على مقتل 12 من اعضائه على ايدي عناصر من الجيش في كمين في تيزي وزو في
منطقة القبائل (شرق). وكانت السلطات الجزائرية اعلنت في الثامن من
آب/اغسطس مقتل 12 اسلاميا في كمين ردا على تفجير انتحاري استهدف مقر
الاستخبارات العامة في تيزي وزو. كما قتل الاحد الماضي عشرة اسلاميين
آخرين خلال عملية عسكرية قرب عين الدفلى غرب الجزائر.
الا انه
بموازاة هذه المعركة ضد الاسلاميين المسلحين و"آفة الارهاب الغريبة عن
قيمنا والتي لا توفر احدا" حسب وزير الاتصالات عبد الرشيد بوكرزازة، فان
السلطات الجزائرية لا تزال متمسكة بالمضي قدما في سياسة الوئام الوطني
التي اطلقها الرئيس عبد العزيز بوتفليقة في شباط/فبراير 2006.
وفي اطار هذه
السياسة سلم آلاف المسلحين انفسهم الى قوات الامن، سرعان ما اطلق سراح
2200 منهم حسب ما نقلت صحيفة الاحرار عن لجنة المتابعة لشرعة الوئام
الوطني. واوضح المصدر نفسه ان 17 الف اسلامي مسلح قتلوا منذ مطلع
التسعينات في حين لا يزال نحو اربعة الاف شخص في عداد المفقودين.
وبموازاة هذه
الاجراءات الامنية المشددة تسعى السلطات ايضا الى طمأنة السكان وعدم
الاستسلام للخوف. ومقابل دعوتها السكان الى "التعبئة في جبهة وطنية صلبة"
لمواجهة الارهاب اصدرت السلطات الجزائرية سلسلة من الاجراءات بهدف الحد من
نسبة التضخم في البلاد ومكافحة ارتفاع اسعار المواد الغذائية مع اقتراب
شهر رمضان. وشددت الصحف على حصول ارتفاع كبير في الاسعار خصوصا اسعار
المواد الغذائية الاساسية
.
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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Sam Aoû 30, 2008 2:50 pm



Raïna Raïkoum du 30.08.2008:

Le Pouvoir se déplace vers les Zaouïas

Qui détient le pouvoir en Algérie ? Grosse question qui fait l'essentiel de la métaphysique mondaine des chancelleries étrangères. Du point de vue technique, la réponse est un paradoxe national : c'est le pouvoir qui tient le Pouvoir avec des gens qui se tiennent les uns les autres par des milliers de barbes encastrées et une architecture alimentaire abyssale. Pour faire simple, on a répondu que le pouvoir est tenu par les casernes, les « services », les importateurs, les hauts cadres, les régionalistes de toutes les régions et la France, à tour de rôle et selon les besoin de « l'Explication ». Dans le catalogue des corsaires locaux ou proches, on a oublié le retour de l'un des grands centres de légitimité de l'Algérie, mis à part le fusil, la ligne de crédit ou le bras : les Zaouïas. C'est un taoïste qui a ouvert les yeux sur ce cabinet à turbans impénétrable pour la presse, craint par les populations qui remontent le temps vers les tentes d'origine et fortement sollicité par les Etats lorsqu'ils sont malades et ont trop peur de Dieu pour des raisons intimes ou cherchent comment décrocher le paradis que le socialisme n'a pas permis. En Algérie, on en compte une dizaine, hiérarchisées selon leurs fonds, histoire et régions : le Pouvoir y vient, dit-on, déchaussé, y demande audiences comme les plus humbles, et embrasse la main ou le turban comme ses ancêtres. Les chefs de Zaouïas, ses maîtres ne sont pas connus, les journalistes et les journaux peinent à croire à leur existence et à leur pouvoir et ces derniers font tout pour rester discrets et pourtant, c'est là que tout se décide lorsque le pays n'en est plus qu'à collectionner des institutions sous forme d'amulettes. On a cru, un moment, la parenthèse fermée avec Chadli et ce que l'histoire lui a collé comme histoire étatique matrimonial, il n'en fut rien. Le basculement s'accentue avec le temps et les historiens des Etats peuvent y lire, aujourd'hui, l'échec du séculaire en Algérie, pour un Etat qui va solliciter les audiences, les bénédictions et les repentirs car doutant de ses fins et de ses actes et souffrant de la même peur face au réel que ses populations poussées en vrac vers les rites, les rokia et l'effondrement du sens de la responsabilité face à la vie. Comme l'expliquera une source au chroniqueur, aujourd'hui la capitale du pays n'est plus à Alger, mais dans des coins clandestins du pays, sous la main de ceux qui, fort de la légitimité des époques faibles, se voient offrir les tapis, l'argent, les collectes de fonds mais aussi les échines courbées des dirigeants du moment qui, entre deux inaugurations, accomplissent ces pèlerinages discrets en ces espaces qui, pour avoir perdu le pouvoir quelques décennies, le reprennent peu à peu en accordant les audiences ou en les refusant selon les humeurs et les calculs. On a cru, un moment, dit-on, voir la « fin de l'Etat » dans les gardiens de parking clandestins, il n'en est rien : dans certaines Zaouïas se pratiquent de plus amples démissions et de plus graves corruptions des légitimités. C'est là désormais que certains vont aller chercher leur pain, leurs postes et même les garanties de leurs avenirs sans se douter du spectacle de la misère qu'ils apportent à ce pays avec leurs fausses pénitences et leurs chantiers de mosquées grandiloquentes pour se « laver les os » et les mémoires. Selon l'histoire de la région, le chemin est très court et très tentant entre la Zaouïa et le Ribat et du Ribat vers le royaume.




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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Dim Aoû 31, 2008 1:35 pm



Raïna Raïkoum du 31.08.2008:


Rites alimentaires : du cuit au cru




Désormais, les Etats pauvres et instables sont alimentaires ou ne sont pas. Et si les partis progressistes, ceux islamistes ou ceux de l'opposition, n'ont pas réussi la bonne négociation avec les régimes qui nous gouvernent, la crise du pain, celle de la hausse des prix, ont créé ces oppositions populistes, menaçantes, bouleversantes et décisives dont rêvaient les leaders du demi-siècle dernier. Dans le tas, on n'a pas remarqué ce changement lourd qui s'opère sous nos yeux, sous la forme d'un basculement vers les âges de la cueillette et de la chasse pour des régions dont le but n'est plus la modernité mais le rassasiement. Résumons: autrefois, un Etat visait, avec la force, les polices ou les convictions, soit le socialisme, soit le communisme, soit la démocratie occidentale ou au moins la petite utopie de l'égalitarisme et du développement.

Qu'en est-il aujourd'hui? Presque rien; des régimes comme le nôtre continuent à sacrifier aux politesses des statistiques frauduleuses, aux rites des inaugurations et aux grands discours prometteurs de relance, mais on sait tous, au fond, qu'il ne s'agit que de mondanité et de perruque en plumes d'aigle. Beaucoup d'Etats, comme le nôtre, ont changé de vocation et se sont installés, désormais, dans la quête des équilibres: on ne gouverne plus un pays pour le mener vers son utopie, mais pour assurer la stabilité et l'équilibre, les repas et les paniers. Les régimes, face à des foules qui ont trop faim et qui ne croient plus à la division du travail, ni au travail, préfèrent payer et frapper. Le but de beaucoup de pays n'est plus de se transformer en Suisse auto-suffisante, mais d'éviter de retomber vers la rwandisation, tellement prompte. En Algérie, comme ses frères, l'Etat «paye» son passage vers ses propres lendemains. A l'approche du ramadhan, on «donne», distribue, promet et cherche à calmer les fronts pour éviter d'avoir à tirer sur les foules ou à frapper dans le tas. Cela se passe ainsi, car les Etats et leurs peuples ne sont plus des utopistes en concurrence mais des «alimentaires» en guerre autour du bon repas. La chaîne alimentaire se révèle ainsi comme une boucle qui implique un Occident qui paye pour avoir la stabilité des régimes qui payent, à leur tour, pour avoir la paix sociale, alimentant des peuples qui sont capables de couper les routes, incendier des édifices et encercler des Présidences.

Une petite erreur technique a longtemps fait croire, donc, que l'Histoire fonctionne à la pompe des utopies, celle des repas équivalents pour tous et au moindre effort. Il n'en est rien ou seulement pour pas longtemps. Les plus vastes époques sont celles où l'Histoire fonctionne au gibier, c'est-à-dire au repas pour soi et de préférence meilleur que celui du plus proche.

Les Etats pétroliers mal gérés l'ont compris et se lancent aujourd'hui, au nom du ramadhan, des valeurs religieuses, de la relance, du pétrole, de la paix ou de la politique, dans les distributions de paniers, les repas gratuits, les faux emplois et les pensions sociales. Le but étant d'acheter la paix et pas de relancer les économies.

En Algérie, il suffit de reculer d'un pas pour comprendre que si Ouyahia essaye de trouver un avenir, c'est le ministre de la Solidarité qui l'illustre le mieux: plus il y a de paniers à distribuer, plus il y a des demandeurs pauvres qui en demandent. C'est connu: l'offre crée la demande.

Les économies distributives fabriquent des pauvres pas du travail; elles créent des sursis pas des récoltes et fonctionnent à la menace pas aux plans. En attendant leur disparition dans quelques décennies, il y a déjà des peuples qui ne sont plus que des foules de brigands en concurrence avec des foules de mendiants. Porter des drapeaux, jouer des hymnes ou revendiquer son nationalisme sont devenus des corvées de scouts ou des instruments de cuisson.




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MessageSujet: Re: RAYNA RAYKOUM   Lun Sep 01, 2008 10:53 am

Des mandats de sept vaches

par Kamel Daoud

Qu'est-ce qu'un bon Etat aidé par Dieu et soutenu par le pétrole, le Nil ou la bonne main d'oeuvre ? Selon la mythologie, c'est un Etat où un chef d'Etat fait un rêve avec sept vaches maigres, coriaces, carnivores, tiers modernistes et post-socialistes, qui mangent cru sept vaches grasses en une seule bouchée. Le chef d'Etat, inquiété par sa vision, cherche alors quelqu'un pour lui expliquer son rêve. Il ne le trouve ni à la tête du gouvernement, ni à ses pieds, ni parmi ses frères et les frères de sa région, ni dans le quota des bureaux de conseils étrangers, ni parmi ses anciens compagnons d'armes. Si le pays est sain, promis à un bon avenir, traversé par le bon fleuve et destiné à éviter le pire, le rêve sera expliqué par un homme de Dieu, un homme de bien, par une consultation généralisée de toute les « forces vives de la nation », en convoquant les hommes d'affaires ou en écoutant les femmes au foyer. Si dans l'histoire de l'Egypte symbolique, l'avenir est décrypté par un prisonnier étranger qui deviendra ministre après de longues années sous la formule de l'emploi de jeunes, c'est parce que le message est clair : la solution n'est pas dans les changements de gouvernements, ni dans l'Etat, ni dans la légitimité pharaonique. Cela explique donc pourquoi l'Algérie connaît cycliquement la crise de la pomme de terre, puis celle de la tomate, puis celle des bananes qu'on n'arrive plus à stocker à cause de la pomme de terre qu'on mange un peu plus à cause de la tomate qu'on consomme moins à cause du prix et de sa maladie. Pour qu'un Etat n'en arrive pas à ce genre d'années de vaches maigres, la règle historique et mystique est claire : 1- Il faut que le Chef d'Etat soit capable de faire des rêves utiles, collectifs et pas seulement des discours d'insomniaque.

2- Il faut que le rêve soit clair et net pas flou comme les privatisations, les chambres froides, le socialisme, le marché libre ou la relance.

3- Il faut que le Pharaon vise l'avenir de son peuple et pas uniquement le sien. 4- Il faut qu'il existe un homme juste, beau, perspicace, ayant survécu à la trahison des frères lors de la révolution, à l'abandon dans un puits après l'Indépendance, au recrutement dans le cadre du faux emploi, à la trahison puis à la prison avant d'y rencontrer deux ex-hauts cadres dont l'un ira mourir et l'autre ira le sauver. Et s'il faut de tout pour faire pays, il y faut au moins l'essentiel qu'on vient de citer. Sans cela, vous mangerez la pomme de terre à 30 DA ce mois et à 120 DA dans un mois. Les vaches maigres étant plus nombreuses que les vaches grasses.
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