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 Chawki Amari

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forzi

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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Sam Juil 12, 2008 12:55 pm


POINT ZERO DU 12.07.2008.

Combien coûte la paix sociale ?


Libéralisme oblige, toute chose a son prix. Y compris le patrimoine immatériel puisqu’il est au cœur de disputes commerciales, ou l’amour maternel puisqu’il est maintenant autorisé de tuer sa mère pour 2000 DA. Ou encore les valeurs de Novembre puisqu’elles sont l’objet de marchandages incessants entre le régime et la famille révolutionnaire, nombreuse et toujours en quête d’une situation pour le petit dernier qui vient de naître. Pour la paix sociale, concept large mais aux implications pratiques, combien coûte-t-elle en sachant qu’elle a aussi un prix, les émeutes d’Oran ayant coûté des dizaines de milliards ? Les réponses sont diverses.
Les uns disent entre 50 et 150 milliards de dollars, soit le montant du plan de relance économique. Les autres disent entre 100 000 et 200 000 policiers, soit l’effectif que Ali Tounsi compte approcher pour quadriller le pays et empêcher ses enfants de faire des bêtises. On l’a compris, les deux axes émanent de stratèges politiques scotchés par leur face adhésive sur le mur interne du régime, qui n’ont aucunement l’intention de demander un changement profond de système ou une refondation de la République algérienne. Les solutions qu’ils proposent sont l’une l’argent – distribuer des billets et les jeter en l’air, les plus forts ou les mieux organisés dans la pêche se servant les premiers ; l’autre dissuader tout débordement en plaçant un policier derrière chaque Algérien, ce que le régime a avoué ne pas avoir pu faire pendant les années 1990 où 150 000 morts ont été recensés. Avec Ouyahia à la barre, on peut s’attendre à la deuxième, ayant expliqué lors de son premier discours d’investiture qu’il n’y a pas autant d’argent qu’on le pense, il vaut mieux le garder pour les jours difficiles. Un conseil : faites des réserves de vinaigre et de mercurochrome et investissez dans des casques de chantier renforcés.



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forzi

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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Dim Juil 13, 2008 12:12 pm


POINT ZERO DU 13.07.2008.

Houria et les autoroutes de la mer

C’est le jour J ou le youm Y que s’ouvre aujourd’hui à Paris le sommet de l’UPM, réunion de présidents qui veulent le rester. Au programme, des discussions polies, des dîners copieux, des séances de travail, des poignées de mains propres et des plans d’action. La France, par son chef cuisinier, a présenté le menu : dépollution, sécurité, solaire et autoroutes de la mer, avec en sous-menu déguisé sous la forme d’un entremets salé, l’immigration. Si 600 millions d’euros ont été injectés dans la structure, Houria n’a mis que 50 DA, soit le prix de l’entrée sur la Méditerranée. Allongée sur une serviette de bain sur l’une des plages rive sud près d’Alger, Houria bronze. Pas idiot puisqu’elle a acheté le journal et pense à ce que veut dire « les autoroutes de la mer » – intitulé officiel – alors qu’une auto ne peut pas prendre la route sur la mer. Les Français ne savent plus parler français, s’est-elle dit et elle a regardé vaguement à l’horizon, ce qui dans ce cas représente l’Europe. Bien sûr, comme tout le monde, elle aimerait bien y aller, Paris ou Barcelone suivant le même processus, pour goûter aux libertés que son pays lui refuse encore. Sauf que l’UPM est aussi conçue pour fixer les populations sur leurs terres en sous-traitant la chasse aux clandestins avec les polices du Sud.A l’inverse de Houria et de tous les plagistes des mêmes rives, au niveau officiel, tout le monde a quelque chose à gagner dans l’UPM. L’Algérie déplorera moins de harraga, révélateurs cruels d’échec du système et, en face, la France ne s’excitera plus contre ces immigrés qui viennent massivement manger ses corn-flakes. A la fin de la journée, rougie comme la honte, brûlée par le soleil, Houria a pris sa voiture et s’est dirigée vers la mer pour prendre l’autoroute. Elle a coulé. Comme son pays et ses dirigeants, qui rêvent tous de Paris en perpétuant le cauchemar à Alger.


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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Lun Juil 14, 2008 11:10 am


POINT ZERO DU 14.07.2008.

Les missiles Sud-Sud

Alors qu’à Paris, les discussions se font Nord-Sud, dans le sens du poil ou celui du plus fort vers le plus faible, au Maghreb les échanges se font Sud-Sud, dans un mouvement horizontal atypique. 21 familles tunisiennes de la localité frontalière de Henchi ont fui à pied leur pays pour rejoindre le territoire algérien avec enfants et bagages et ont atterri dans le village de Bougous, où la population les a accueillies avec générosité. Fuyant la précarité et la misère, les familles tunisiennes ont demandé à vivre en Algérie, suivant la règle maghrébine non écrite « du plus dur vers le moins pire ». Là, Sarkozy n’a rien à dire puisqu’il s’agit de harraga Sud-Sud qui, en aucun cas, ne viennent bousculer l’équilibre démographique européen. Il y a quelques mois déjà, des familles tunisiennes avaient passé la frontière avec des drapeaux algériens haut levés, en signe de ralliement total au troisième mandat de Bouteflika. Cela dit, les familles tunisiennes, les premières et les dernières, ont vite été refoulées par les autorités algériennes dans le cadre du droit au retour des immigrés. L’enseignement, au moment où les Européens négocient avec les pays du Sud les « pas de porte » et les « accessions à la propriété », est du domaine de la théorie de la relativité restreinte : les Algériens veulent vivre en Europe mais les Tunisiens veulent vivre en Algérie. Parce qu’il y a de l’électricité et du gaz, un peu d’eau et un système d’aide sociale plus ou moins généreux. Et c’est là que se situe le constat : l’Algérie est un grand gâchis. Elle a tout pour réussir, ressources, richesses, terres et encadrement humain. Mais au lieu de fabriquer du bonheur, elle exporte des émigrés. Projet annexe de l’UPM : que les dirigeants maghrébins prennent la présidence de l’UE, et en un an, il n’y aura plus personne en Europe. Arrêtons les critiques et soutenons nos présidents.


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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Mar Juil 15, 2008 2:30 pm


POINT ZERO DU 15.07.2008.

8 millions de célibataires

Le chiffre a été donné par un confrère et il attend d’être confirmé par les services spécialisés. L’Algérie compterait 8 millions de célibataires entre 18 et 40 ans, ce qui est énorme. Au pays du conservatisme horizontal, où chaque chacun pousse chaque chacun à se marier tôt, même à 12 dans un appartement, et à faire des enfants rapidement, même s’ils vont tous demander un logement plus tard, c’est un paradoxe de plus. Un quart des Algérien(ne)s et la moitié des hommes et des femmes en âge de se marier vivraient donc seuls, sans conjoint ni livret de famille et sans enfants insupportables qui de toute façon finissent au maquis à 20 ans et harraga à 22. Si les avantages du mariage sont encore mal connus par les scientifiques en ce XXIe siècle, les avantages du célibat sont par contre bien identifiés : pas de belle-mère, pas de fête ruineuse, pas de crédit sur 20 ans, pas de guerre pour le lait, pas de visite du vendredi et pas de chambre à coucher 4 pièces en bois laqué. Pour les hommes, pas de femme soupçonneuse qui traîne dans l’intimité à la recherche d’une scène de ménage, et pour les femmes, pas de mari à moustache qui demande toutes les 5 minutes où elle était et pourquoi elle parle au boulanger quand elle achète du pain. Pourtant collectivistes moralistes et adeptes du regroupement soudé, de la famille élargie à 35 millions et de la grégarité unie contre l’individu, les Algériens sont donc de plus en plus nombreux à vivre seuls, pour le meilleur et pour le pire. Si c’est peut-être avec soulagement la fin tant espérée des salons réservés aux familles et des lignes bleues sur l’autoroute réservées aux mêmes familles, c’est en tout cas la nouvelle tendance, puisque même le président de tous les Algériens est lui aussi célibataire. Et il n’a pas de problème de logement. Vivre en solo, peut-être le bon slogan pour un troisième mandat ?


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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Mer Juil 16, 2008 5:35 pm


POINT ZERO DU 16.07.2008.

Batata 2, le retour

On pensait que c’était un film, c’est en fait un feuilleton aux multiples épisodes. Dernier en date, les prix d’été du tubercule sacré, calculés sur la base de la peur de l’émeute de la pomme de terre et du Ramadhan approchant, un Ramadhan sans frites ou sans djouaz batata, étant considéré comme un Ramadhan non licite selon les docteurs de la foi. Alors qu’ailleurs, la spéculation se fait sur le pétrole, en Algérie on en est toujours à la pomme de terre, qui se rit du marché, passant de 80 DA à 5 DA en une année. Le problème semble insoluble ; la pomme de terre est trop chère pour cause de production insuffisante, ce qui pousse l’Etat à l’encourager pour faire baisser les prix. L’année suivante, elle se retrouve à 5 DA, ruinant les producteurs. C’est ce qui vient de se passer ; des agriculteurs de Bouira ont bloqué la RN 5 en y déposant des tonnes de pommes de terre.

Du gâchis ? Non, d’après eux, il s’agit de protester contre les promesses non tenues de l’Etat qui s’engageait à soutenir les prix à hauteur de 20 DA le kilo. On peut déjà prévoir que l’année prochaine, les producteurs, s’étant sentis trahis, vont planter du kiwi. Résultat, batata à 80 DA. Où est la solution à part celle de ne plus manger des pommes de terre ? Il n’y en n’a pas dans l’état actuel de la gestion, d’autant que Saïd Barkat est parti du ministère de l’Agriculture pour rejoindre celui de la Santé et à part vous donner un traitement non remboursable pour vous aider à vous passer de frites, il ne peut rien faire. En tous les cas, ce feuilleton tient les familles en haleine, plus passionnant que celui du troisième mandat, dont le scénario manque cruellement de rebondissements. On en revient à la question centrale de l’été ; comment acheter la paix sociale ? Des spaghettis bolognaises, aurait proposé Abdelhamid Temmar en Conseil des ministres, selon une source anonyme.



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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Lun Juil 21, 2008 4:23 pm



POINT ZERO DU 21.07.2008

Total VS Naftal

C’est le derby de la rentrée, sur fond de
liquide inflammable et de cocktails Molotov. La loi portant ouverture à
la concurrence pour la distribution de carburant vient de passer, c’est
l’une des premières mesures que Ouyahia a prise depuis son investiture.
En l’absence de concurrents, tout le monde aura compris que cette loi
est un cadeau à Total, seul opérateur privé déjà sur les
starting-blocks et qui attendait ce déblocage pour activer. La lutte
risque pourtant de ne pas être féroce. D’un côté Naftal, vieille boîte
orange rouillée avec des méthodes algériennes, y a pas, non y a coupure
de courant, sans sourire, uniforme fatigué, option technaf et avec
votre argent.

En face, Total, multinationale, couleur bleu futur, qui va rafler
les clients avec des pompistes papiches en jupes et piercing, essence
goût vanille, cadeau boussole qui donne la qibla pour les familles et
peluche hijab pour les bébés, offre fidélité tous les 100 litres un
bisou ou un porte-clés, lavage pare-brise gratuit avec le sourire et
toute la panoplie marketing. Que va faire Naftal pour réagir ? Grande
question. Soit elle se met à l’heure d’Algérie Télécom, qui est passée
grâce à la concurrence privée du « si vous voulez une puce, faut que
votre sœur soit mariée à un ministre », aux normes internationales en
matière de services, offres et marketing. Soit Naftal la joue à la
Sonatmag ou l’ENCG, avec accueil déprimant comme un tracteur
soviétique, insiste pour vous vendre des produits qui puent en vous
expliquant que de toute façon, leurs salaires sont assurés sans
obligation de résultat. Il y a quand même une troisième voie. Naftal
entre dans la guerre du carburant à la Mad Max, avec des armes de
destruction massive que sont l’essence 98 et le sirghaz. La guerre des
stations, sur fond d’inépuisables réserves de pétrole. A 200 dollars le
baril, tous les coups sont permis.


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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Mar Juil 22, 2008 2:02 pm


POINT ZERO DU 22.07.2008.

Les Algériens défendent chèrement leur terre
Quand il n’y a rien, plus
rien, plus de plus rien, il reste toujours la terre. Chaude, sensuelle
et féminine, ferme ou sableuse, sèche ou pétrolière, objet de guerres
et de déchirements,ce morceau d’espace qui se lègue à chaque génération
depuis des milliers d’années, reste finalement le seul repère, unique
sujet de retour, socle identitaire, solitaire raison d’exister et
véritable indice des prix. Combien sont-ils à avoir buté sur des
problèmes de foncier, autorités algériennes pour projets d’utilité
publique, ou investisseurs étrangers pour construction de ville
nouvelle ? Le prix du mètre carré est l’un des plus chers du continent,
et dans les villes il atteint des prix européens, voire japonais.
Ajouté aux guerres sanglantes entre frères à propos d’une parcelle des
ancêtres, des combines et faux papiers régulièrement fabriqués pour
l’accaparement, on peut dire que la terre algérienne est un objet
précieux.
Des groupes de renommée mondiale ont dû faire machine arrière,
à l’image de Emaar, groupe émirati qui avait annoncé d’énormes
investissements devant l’ENTV mais s’est résigné dernièrement à revoir
à la baisse ses projets, estimés initialement à quelque25 milliards de
dollars. D’autres groupes butent sur le même problème, et même l’Etat
est confronté à des expropriations difficiles, par exemple sur
l’autoroute Est-Ouest. L’Algérien défend durement sa terre, face aux
frères, au colon ou au capital étranger, et quand il doit la vendre, la
cède chèrement.
D’où la loi domaniale, censée faciliter le foncier à l’investissement,
une loi qui a déjà fait s’emporter les derniers accrocs à la
souveraineté nationale, celle-ci s’entendant par l’inaliénable terre
algérienne propriété inaliénable des Algériens. Combien vaut l’Algérie
aujourd’hui sur le marché international ? On ne le sait pas vraiment
mais doit valoir beaucoup moins que sa terre.

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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Mer Juil 23, 2008 12:53 pm


POINT ZERO DU 23.07.2008.

L’import quoi

C’est un système organique rudimentaire de type bactérien, qui évolue en milieu humide et fermé, se reproduit par contact en phagocytant les impuretés et est pourvu d’un appareil digestif à circonvolutions. Il absorbe, consomme, digère, rejette mais ne produit rien. En général, il meurt en fin de course, pas de faim, ni à la suite d’attaques de bactéries voisines, mais de vieillesse parce que ses cellules ne se reproduisent plus aussi bien. C’est en gros, tel que présenté par les biologistes, la définition du système en vigueur dans le plus riche des pays du Maghreb. On le sait, ce système exporte du gaz et du pétrole vers plusieurs pays, des terroristes GSPC vers le Sahel, des clandestins vers la mer, des dattes vers l’aéroport Houari Boumediène et bientôt du soleil vers l’Allemagne.

C’est à peu près tout, l’Algérie est gâtée par la nature mais pas par ses technocrates. A l’inverse, l’Algérie importe tout et, comme l’a bien expliqué M. Laksaci, gouverneur de la Banque centrale, importe même l’inflation puisque celle-ci, de 6% au moment où nous mettons sous presse, est essentiellement due à la hausse des produits sur le marché international, produits importés à l’état brut et donc créateurs d’inflation. Si M. Laksaci, lui-même importé à un poste sensible, a bien expliqué que l’inflation ne dépend ni de Belkhadem ni d’Ouyahia, encore moins de Bouteflika mais simplement de la valeur des produits importés, il n’a pas dit que la seule chose que les dirigeants refusent d’importer, ce sont les solutions. Importer le modèle danois, espagnol ou australien, des modèles qui marchent et ont fait leurs preuves ? Impensable, il vaut mieux importer leurs pommes de terre, leurs machines à tricoter ou leurs vaches. Les modèles sont pourtant la seule chose que l’on devrait importer aujourd’hui. Parce qu’avec ça, on ne serait plus obligé d’importer tout le reste.



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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Sam Juil 26, 2008 5:05 pm


POINT ZERO DU 26.07.2008.

Un peu d’air à la présidence

On ne l’avait pas vu en Algérie depuis longtemps à part à la télévision, boîte carrée qui de l’avis général ne se situe pas dans le pays mais quelque part dans une galaxie hybride, entre la constellation de la tortue et Aldebaran. Il n’était pas sorti sur sa terre depuis des mois et voilà coup sur coup, un Conseil des ministres où il voit Ouyahia pour la première fois depuis sa nomination, annoncé aujourd’hui pour une réunion avec les maires du pays et à Bouira demain pour l’inauguration du célèbre viaduc, si haut que l’on dit que l’on peut voir le Club des Pins par temps clair. Le président de la République daigne enfin éteindre les climatiseurs pour sortir respirer du vrai air et voir ce qui se passe en Algérie, en dehors des BRQ et des revues de presse. Premiers commentaires, la campagne pour le troisième mandat est lancée.

Rendu frileux par la situation sécuritaire, il a pris son courage à deux mains et un gilet pare-balles dans la troisième pour aller à la rencontre de son peuple, celui-là même qui doit l’élire une troisième fois après avoir mollement accepté l’addition de colorants chimiques à la Constitution. Déjà, les opposants annoncent la mise en branle du rouleau compresseur de la propagande, avec pour objectif l’épuisement total par matraquage de tout avis négatif. Les alliés, quant à eux, assoupis dans des placards dorés, sont obligés de suivre et de battre le rappel de la grande confrérie des drabkis, trardjis et bnendris à ce signal du chef d’orchestre. Restent les autres, qui se divisent en deux. D’un côté les automobilistes, appréhendant déjà les interminables bouchons, les policiers paniqués qui hurlent à la figure des citoyens et les camions fourrière qui ramassent au hasard. De l’autre côté, les piétons, qui n’ont que les jambes pour avancer. Vers où ? Grande question dont la réponse est prévue pour les semaines prochaines.


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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Dim Juil 27, 2008 7:42 pm


POINT ZERO DU 26.07.2008.

Médiation sur la mer du milieu

Question terrestre sur une embarcation de la grande mer du milieu, là où surnagent toutes les bonnes intentions : pourquoi le président Bouteflika se propose-t-il de prendre en charge la médiation entre la Suisse et la Libye et refuse d’utiliser son prestige pour une médiation entre le ministère de l’Enseignement et des enseignants grévistes de la faim au bord de la mort ? Pourquoi le président Bouteflika se mêle-t-il d’une vulgaire affaire de gosse de président – Hannibal Kadhafi, arrêté pour avoir maltraité deux employés, un Tunisien et une Marocaine – et laisse sans rien dire des Algériens souffrir pour de légitimes revendications ? Parce que ce qui se fait à l’extérieur est beaucoup plus visible que ce qui se fait à l’intérieur et ce qui se fait à l’intérieur n’engendre, à première vue, aucun bénéfice diplomatique. Parce que le Président, comme la plupart de ses prédécesseurs, ne s’est jamais vraiment soucié de ce que vivent ses administrés et préfère toujours défendre les Indiens d’Amérique plutôt que les Kabyles de Ath Douala, les Noirs du Kentucky plutôt que les Harratine de Timimoun et les baleines de l’Arctique plutôt que les sinistrés de Chlef. Parce que les autorités algériennes ont toujours préféré plaire à New York ou Paris plutôt qu’à Oran ou Tébessa. Parce que les dirigeants algériens estiment encore qu’à part eux, les Algériens ne sont pas chez eux et doivent se plier sans contester à l’ordre et à la loi du plus fort. C’est pourtant logiquement les Algériens qui doivent élire le président Bouteflika pour un troisième mandat et ni la Suisse encore moins la Libye ou les derniers Sioux du Nevada ne sont en mesure d’influer sur l’accession de l’actuel président algérien à sa onzième année de règne sans partage. Question bien terrestre qui flotte : qui a dit que ce sont les électeurs algériens qui choisissent leur Président ?


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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Sam Aoû 02, 2008 5:01 pm


POINT ZERO DU 02.08.2008.

Côte à côte (1)

Il est 5h de l’après-midi, ou pas loin. Les embruns marins charrient une odeur de poisson congelé. Quelques mouettes discutent en riant du troisième mandat dans un ciel limpide. La musique de Matoub glisse sur le goudron en sueur. Saber et Kawter sont à Tigzirt, ou pas loin. Le taxi longe le bord de mer, qui défile lisse et bleu sur le côté gauche de la voiture. Le véhicule jaune se dirige vers un petit hôtel, pas trop cher, propre au possible et conseillé par toute la classe moyenne du pays.
- Tu sais que c’est un délit, maintenant ? Saber est content d’arriver, quatre heures de route depuis Alger, dans un taxi qui n’a pour seule fraîcheur que le petit ventilateur poussif accroché sur le pare-brise.

- Qu’est-ce qui est un délit ? Le taxi ? Kawter lâche un petit sourire :
- Non, harraga. Maintenant, c’est criminalisé. Prison, amendes et tout. Je l’ai lu dans le journal. S’ils nous attrapent…
- J’ai pas eu le temps de lire, avec tous les préparatifs, répond Saber. De toutes façons, on a décidé de partir, on part, ajoute-t-il avec détermination. La mer, grande flaque maternelle, magma froid qui donne des crevettes et boit des rivières, relie les continents et sépare les civilisations.

- Dagui. C’est là. Le chauffeur de taxi a stoppé net sa voiture devant une bâtisse humide qui a dû être blanche à l’époque. Un palmier tente de s’accrocher encore à la vie mais dans sa posture affalée, on sent une déprime chronique. La course est payée et le couple descend ses valises. Deux sacs, un chacun, avec dedans à peu près tout ce dont on a besoin pour changer de vie. Ils entrent dans l’hôtel et Saber s’avance le premier, étant le seul homme des deux.
- Une chambre double, s’il vous plaît. Avec douche. L’employé à la réception, visage impassible, scanne les deux arrivants avec la précision d’un neurochirurgien :
- Pourquoi, vous êtes mariés ? … A suivre


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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Dim Aoû 03, 2008 2:01 pm


POINT ZERO DU 03.08.2008.

Côte à côte (2)

Jeune couple sans enfants, Saber et Kawter sont à Tigzirt, pour un départ théorique pour l’Europe, dans une embarcation clandestine tout aussi théorique. Leur ami d’Alger, Karim PDP, alias Karim Pas de problème, leur a trouvé un moyen de quitter l’Afrique. Se faisant passer pour des vacanciers d’août, ils ont atterri dans un petit hôtel où l’employé leur a demandé s’ils étaient mariés, pour rester dans les constantes nationales. Saber avait prévu, il sort son livret de famille comme on sort un joker. L’employé, qui n’a aucune confiance dans l’administration depuis l’âge de 6 ans, accepte quand même, l’ayant au préalable passé dans son détecteur de faux billets.
- Vous savez l’été, avec tous ces émigrés, tout cet argent qui circule… Saber est fatigué :
- On peut avoir la chambre ?
- Avec douche et avec eau ? Oui, une douche n’est pas forcément dotée d’eau.
- Avec. Saber récupère la clé et le couple monte dans la chambre. Numéro 13.
- Porte-malheur ? Le couple ne le sait pas, le dernier occupant de la chambre 13 est mort dans un accident de voiture en se rendant à Annaba pour partir en avion à Tunis pour aller en bateau en Sardaigne. Le destin. Saber a tourné la clé dans la serrure et poussé la porte de bois mou. Une chambre presque nue, un grand matelas et une ampoule qui a dû connaître personnellement Thomas Edison.
- C’est pas Las Vegas, annonce Kawter.
- On sort manger, on dort. Demain, on ira voir le type chez qui nous a envoyés Karim. Saber est sorti sur le balcon, face à la mer. 1200 kilomètres de côte. Il faut juste un mètre pour mettre une embarcation à l’eau. Il y a donc près d’un million de points de départ possibles pour l’Europe. Kawter a déballé son sac et rejoint son mari. Le doute :
- Tu crois qu’on a bien fait ?
- De toute façon, le Président nous traite de voleurs et de fainéants, je crois qu’il est temps de partir. A suivre


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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Sam Aoû 16, 2008 2:25 pm

Côte à côte (11)

1200 kilomètres de côte. Un mètre suffisant pour mettre une embarcation à l’eau, il y a donc près d’un million de points de départ possibles pour l’Europe. Ce n’est que de la théorie puisque pour l’instant, Kawter et Saber sont à Tichy avec le groupe de candidats à l’émigration marine, coincés dans un cabaret au nom évocateur de Saphir bleu, antre diabolique où les instincts les plus bas de l’être humain sont exaltés, selon le correspondant local d’un quotidien. D’ailleurs, Kawter, qui a vu le manège entre une fille sans âme portant un petit haut en plastique vert et son mari, légèrement ivre, s’est interposée officiellement pour arracher les yeux de la fille. Mohand étant parti vaquer à ses occupations de tour opérateur, c’est un client, Majid, un rigolard de la région ayant des ennuis avec la justice, qui s’est interposé.
J’ai suivi votre aventure dans le journal, vous voulez quitter le pays pour l’Europe ? Restez entiers, c’est mieux. Kawter est furieuse mais l’argument l’a touchée.
Chérie, ce n’est pas ce que tu crois, lui murmure son mari. Laissant la fille en plastique vert se retirer en marmonnant un « kelba » bien senti, Majid offre une tournée générale au groupe de clandestins pour réconcilier tout le monde en ces temps de troubles.
Tournée moins deux, intime-t-il au patron, voyant les deux Blidéens faire une grimace de type rigoriste. Majid s’est aussi fait servir un verre et s’est assis avec le groupe.
Merci pour la tournée, fait Saber à Majid en levant son verre. On a bien besoin de garder notre argent.
Oui, confirme Amel, l’autre passagère clandestine, en levant elle aussi son verre. Les robes sont hors de prix en Europe. Majid, toujours aussi rigolard, sort une enveloppe de sa poche :
Je peux vous donner une lettre à poster quand vous arrivez ? Vous irez certainement plus vite que les postes algériennes. … A suivre



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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Sam Aoû 16, 2008 4:27 pm

mais ou sont les autres episodes???
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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Sam Aoû 16, 2008 5:44 pm

la relève a manqué lors des vacances fermacha fermacha
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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Lun Aoû 18, 2008 4:53 pm

les autres episodes Very Happy
Côte à côte (3)

Jeune couple et sans enfants, Algérois et sans voiture, Saber et Kawter sont à Tigzirt, pour un départ clandestin hypothétique. Ils ont mis tout ce qu’ils avaient dans ce voyage, soit 200 000 DA et toutes leurs illusions déçues, soigneusement emballées. Le matin, levés de bonne heure, ils ont pris un café et un croissant kabyle, objet alimentaire qui a la forme du croissant mais la consistance du manioc, la texture du kapok et le poids d’un bloc de ciment séché. Puis sont allés voir le contact, recommandé par Karim PDP, alias Karim Pas de problème. Ils l’ont trouvé sur la grande plage en train de repeindre des crevettes tout en leur expliquant qu’il faut aller se vendre à Alger, et à pied.
- Farid ? Le jeune homme n’a même pas levé les yeux :
- C’est vous le couple ?
- Oui. Karim t’a appelé ? Le jeune pêcheur s’est levé :
- Annaba c’est grillé, comme les crevettes. Maintenant il vaut mieux partir du Centre. Justement. Le pêcheur poursuit :
- Vous êtes au courant ? Maintenant s’ils vous attrapent c’est la prison. Avec les terroristes et les kamikazes. Saber n’a pas osé lui expliquer qu’un kamikaze ne peut qu’aller en prison
- Les kamikazes repentis, bien sûr. Dix minutes plus tard, le couple apprend que le départ est bien prévu mais de plus loin, de Tighremt, charmant village sur la côte ouest de Béjaïa.
- Tighremt ?
- Nagez, mangez, buvez de l’air, passez du bon temps, je vous contacte. J’ai votre numéro. Le couple se retire, un peu déçu. Ils ont traîné au bord de la mer, puis sont allés manger dans un petit restaurant aux nappes de papier. Non, non, pas de crevettes.
- Ça ne pouvait pas marcher aussi facilement, conclut Saber.
- Appelle Karim, demande Kawter.
- Ce soir… Un serveur arrive lentement en glissant, flottant sur un océan d’indifférence :
- Je vous conseille un frites-omelette, les pommes de terre ont baissé. … A suivre



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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Lun Aoû 18, 2008 5:01 pm


Côte à côte (4)

Partis à Tigzirt pour embarquer clandestinement vers l’Europe, Saber et sa femme Kawter apprennent que le départ aura finalement lieu mais de Tighremt, à une centaine de kilomètres plus à l’Est. Le soir, Karim PDP, alias Karim Pas de problème, l’ami qui les a envoyés à Tigzirt, il est désolé et confirme qu’il y a eu un problème, à cause d’une brigade de gardes-côtes arrivée à Tigzirt pour passer des vacances.
- Tighremt, c’est super ! Vous allez aimer. Je connais bien. Si vous voulez manger du poisson, dites-le moi, j’appelle un copain. Saber a raccroché. Kawter a compris, dans l’œil patient de Saber.
- Demain, Tighremt ?
- Oui. Ce premier contretemps est pourtant bien vécu. Il fait beau et la mer est belle. Le soir est agréable et à ce moment-là, personne ne comprendrait qu’on veuille quitter cette terre.
- On se doutait bien que ça n’allait pas être aussi facile.
- On aurait dû acheter une voiture. En fait, ils allaient en acheter une. Juste avant la loi Ouyahia, jusqu’à 200.000 DA de taxes en plus. La méthode Ouyahia est en marche, ruiner les Algériens pour qu’ils n’aient même plus de pneus à brûler pour contester. Le lendemain, la route Azeffoun-cap Sigli et son phare qui illumine les clandestins puis Tighremt. Village branché, les pieds dans l’eau, adossé aux montagnes du GSPC, lieu privilégié des Algérois. Saber paye le taxi et descend les valises.
- La prochaine fois, on prend un bus, avertit Kawter, voyant le budget du départ fondre comme un créponé au soleil.
- Saber ! Kawter ! Difficile d’aller à Tighremt sans rencontrer des amis. C’est Hichem, copain d’Alger, en short bleu avec des palmes accrochées au cou.
- Salut Hichem ! Qu’est-ce que tu fais là ?
- Vacances bien sûr. Vous aussi ? Saber et Kawter se regardent discrètement.
- Bien sûr, quoi d’autre ici ?
- Demain, on va faire du bateau.
- Nous aussi. … A suivre



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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Lun Aoû 18, 2008 5:04 pm


Côte à côte (5)

C’est mathématique. 1200 kilomètres de côte. Un mètre suffit pour mettre une embarcation à l’eau. Il y a donc près d’un million de points de départ possibles pour l’Europe. Saber et Kawter sont à Tighremt, nouvelle destination de départ. En barque, mais à moteur. Clandestinement mais sûr. D’après Karim PDP, l’ami d’Alger qui les a fait envoyer dans ce charmant petit village près de Béjaïa. Sauf qu’il y a vraiment trop d’Algérois, on se croirait à Sidi Fredj.
- On a l’air de vacanciers, pas de problèmes, explique Saber.
- Faut être riche pour passer des vacances en Algérie. Saber et Kawter sont en train de manger au bord de l’eau, du riz en sauce, pour d’évidentes raisons de budget. Ils veulent tout garder pour leur départ.
- Ce n’est pas une question de matériel, confie Saber à sa femme. Aller en Europe, c’est aussi pouvoir prendre un verre en terrasse avec sa copine. Kawter a arrêté de manger :
- Ta copine ? Tu vas en Europe pour me tromper ?
- Ce n’est pas ce que je voulais dire. La petite dispute n’a pas d’effet durable. De toute façon, il fait trop chaud. Et d’autres urgences à traiter. Une heure plus tard, après avoir pris une chambre chez un petit propriétaire qui pratique des prix espagnols, ils ont été voir Mohand, vulcanisateur, chez qui Farid le pêcheur de Tigzirt les a envoyés, chez qui Karim PDP les a envoyés.
- Mohand ? Ils trouvent l’homme en train de réparer un pneu dans sa boutique.
- Y a de plus en plus d’émeutes et de moins en moins de pneus. Dur métier, j’aurais dû faire vulcanisateur pour bateaux. C’est Farid qui vous envoie ? Mohand s’essuie les mains avec un reste de poster du RND et dévisage le couple. Têtes honnêtes, classe moyenne, au bord du désespoir. La fille est mignonne.
- Le départ devrait avoir lieu après-demain, vous avez l’argent ?
- Bien sûr, fait Saber en tapotant instinctivement son caleçon. A suivre…



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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Lun Aoû 18, 2008 5:05 pm


Côte à côte (6)

Saber et Kawter sont toujours au bord de la mer, mais au bord de l’épuisement nerveux. De Tighremt, petite station balnéaire sur la côte ouest de Béjaïa, Mohand, vulcanisateur, est chargé de les expédier en Europe sur une embarcation clandestine.
- Bon, vous avez l’argent, pas de problème. Mais le départ se fera de Boulimat.
- Bou-li-mat ? C’est où ? demande Kawter, inquiète, en détachant lentement les lettres du nom à l’étrange phonétique.
- C’est un petit village à quelques kilomètres. Je vous donne mon portable.
- C’est gentil mais on en a un, lui répond-t-elle, croisant le regard froncé de son mari. Mohand, comme beaucoup, n’a plus d’humour depuis la dernière révolte kabyle. Les numéros de téléphone sont rapidement échangés.
- A ce soir, 23h. Après avoir remercié le vulcanisateur en lui achetant un vieux pneu juste pour la forme, le couple retourne dans leur studio de location. Le départ est prévu pour cette nuit, ils font leurs derniers préparatifs.
- Tu es sûr qu’on va partir ?
- Rien n’est sûr, on est quand même en Algérie.
- Appelle Karim PDP, pour être un peu plus sûrs. Aussitôt dit, aussitôt fait. Saber compose le numéro. Karim « Pas de problème » est injoignable, comme souvent quand on a un problème. En raccrochant, il lui vient une question d’une importance cruciale :
- Dis-moi Kawter, tu sais nager ? Elle hésite.
- …Oui, un peu. J’ai appris à nager à la piscine d’El Aurassi.
- El Aurassi ? Y a longtemps ?
- Très longtemps, quand mon père était wali.
- Tu m’avais dit que ton père avait émigré en Thaïlande ?! Wali ? Il est quoi maintenant ? Kawter a attendu quelques secondes avant de répondre :
- Il est dans une prison algérienne. La discussion n’a pas duré. Le couple s’est préparé pour l’aventure et est sorti dans la nuit. Reste un détail :
- Et le pneu, qu’est-ce qu’on en fait ?
- On l’emmène en Europe comme souvenir ? A suivre…




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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Lun Aoû 18, 2008 5:06 pm


Côte à côte (7)

C’est le grand jour. Ou plutôt la grande nuit. Après plusieurs contretemps indépendants de la volonté de la Méditerranée, le départ est fixé. Boulimat, petit village côtier adossé aux montagnes du GSPC. La nuit est claire, la lune faisant office de lampadaire public depuis les derniers délestages de Sonelgaz. Le temps est agréable et la mer plate comme un programme de relance économique, conditions idéales pour un départ en mer. Arrivés à 23h au lieu indiqué, sur une petite plage de rochers, Kawter et Saber retrouvent Mohand, le tour opérateur, au centre d’un groupe de sept personnes, dont une femme.
- Je ne serais pas seule, chuchote Kawter. La barque à fond plat, repeinte en noir pour échapper aux gardes-côtes, munie de deux puissants moteurs et arborant un drapeau de la JSK, est déjà sur l’eau. Tous les passagers ont remis l’argent à Mohand, 90 000 DA chacun, qu’il a rangé dans un petit sachet étanche. Puis il a donné à chacun des clandestins un gilet de sauvetage. Les neuf passagers sont paralysés par l’angoisse. Jusqu’à l’ordre presque militaire de Mohand, qui en profite pour reprendre une phrase de Saïd Sadi :
- Ayath ! On y va ! Vite, l’histoire va fermer ! Morts de peur, les neuf passagers sont montés dans la barque avec leurs sacs de voyage et des provisions pour la traversée. Comme on est toujours en Algérie, les hommes se sont instinctivement mis devant, pendant que Kawter et la femme se sont mises derrière. La femme s’appelle Amel ; elle a 28 ans et après un début de mariage raté avec un importateur de hijabs pakistanais, elle a décidé de fuir ce pays d’hommes drus à la philosophie aussi dure que du parpaing séché :
- Ils vont sûrement nous demander de faire à manger et la vaisselle après, annonce-t-elle nonchalamment à Kawter en désignant le groupe d’hommes à l’avant qui tente désespérément d’adopter une posture héroïque. A suivre…



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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Lun Aoû 18, 2008 5:09 pm


Côte à côte (8 )

Il est minuit passé de 10 minutes sur la plage de rochers de Boulimat quand le premier moteur est allumé. 9 passagers plus Mohand, vulcanisateur de Tighremt reconverti en tour opérateur marin. 9 clandestins dont Saber et Kawter, à l’amorce d’une nouvelle vie pleine de promesses. La barque démarre doucement. Plein est, en longeant la côte, faisant de petits clapotis dans l’eau éclairée par la pleine lune.
- Tout va bien, assure Mohand, l’essentiel est que le moteur démarre. Aussitôt dit, Mohand sort une bouteille de Ricard et l’ouvre :
- C’est offert par la maison. Mohand voyages, même dans ta tête tu voyages ! Après quelques hésitations, les passagers moins deux, blidéens, ont décidé de partager cette bouteille, surtout pour se donner du courage. Pendant que les deux femmes à l’arrière discutent de la vie, des hommes et particulièrement des hommes algériens, installés devant, les hommes discutent autour d’un verre qui tourne. Grande question collective : pourquoi n’y a-t-il que très peu de harraga qui partent de Kabylie ? On les voit à l’Est, à l’Ouest, mais jamais de Kabylie. Les réponses sont aussi diverses que les raisons de partir :
- Contrairement à ce que l’on pense généralement, la Kabylie est la plus éloignée de l’Europe. La traversée est donc plus difficile.
- Les Kabyles ont très peur de la mer, c’est inscrit au fond de leur inconscient collectif.
- Les Kabyles partent en avion quand ils vont en Europe.
- Les Kabyles sont très attachés à leur terre. Au bout de quelques verres et d’une demi-heure passée, Kawter, la seule avec Amel qui n’ont pas eu droit au Ricard, remarque que la barque file toujours vers l’est, en longeant la côte. Elle demande en se levant du fond de la barque :
- C’est la bonne direction ? On ne devrait pas plutôt aller vers le nord ?
- Si si, répond calmement Mohand. Mais on va chercher quelqu’un à Tichy. … A suivre.




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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Lun Aoû 18, 2008 5:10 pm


Côte à côte (9)

Saber et Kawter sont enfin partis. Ou presque. De nuit, de la plage de Boulimat, ils ont démarré dans une large barque à fond plat avec 7 autres clandestins et longent la côte béjaouie, illuminée par les pétroliers américains. Saber s’inquiète du détour quand il apprend une escale à Tichy. Car si Boulimat, petit village tranquille est sur la côte ouest de Béjaïa, Tichy est de l’autre côté, noire de monde en été.
- On est obligés d’aller chercher ce passager à Tichy ?
- Il a payé, je suis un voyagiste sérieux, s’offusque Mohand en se resservant un verre de Ricard. La bouteille de Ricard de Mohand est finie. Ivres, trois passagers ont vomi, le mal de mer, selon eux, et deux autres ont tenté de rejoindre l’Europe à la nage, heureusement rattrapés et raisonnés par Mohand.
- Bon, on va accoster, annonce-t-il. Mohand manœuvre habilement sa barque et échoue tranquillement sur un bout de sable fin. Le rendez-vous n’est pas arrivé. Mohand descend de l’embarcation et fouille la nuit avec une puissante lampe torche. De ce côté de la plage, il n’y a personne. Tout le monde est agglutiné plus haut aux abords de la route ou sur les plages voisines de Capri Tour et de la Grande Terrasse.
- On démarre dans une demi-heure, annonce Mohand. S’il n’est pas là, tant pis pour lui.
- D-achou ? Une mobile lumière dans la mer. Un bateau de gardes-côtes patrouille le long de la côte. Inquiet, Mohand observe le hors-bord un bon moment. Il fait le tour de la plage puis revient vers le groupe, qui n’a pas bougé de l’intérieur de la barque.
- Il y a un cabaret juste-là, fait Mohand en désignant une bâtisse qui se voit de la plage et qui laisse échapper des vagues de musique raï. Il a des chambres et tout ce qu’il faut. On partira à l’aube. C’est comme ça que Saber et Kawter, ainsi que leurs compagnons d’infortune ont débarqué à 1h au Saphir bleu. A suivre…



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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Lun Aoû 18, 2008 5:11 pm


Côte à côte (10)

Tichy n’est pas l’Europe, même s’il y a beaucoup d’émigrés en cette saison. Un chien jaune a accueilli les 9 passagers clandestins, dont Saber et Kawter. Petit contretemps à cause d’une patrouille de gardes-côtes, Mohand, le vulcanisateur reconverti dans les traversées clandestines, a préféré temporiser et a envoyé tout le monde au Saphir bleu jusqu’à l’aube. Les passagers, ayant chacun mis 90 000 DA dans la traversée, ont préféré ne pas dormir dans les chambres, trop chères.
- On va boire jusqu’à 6h et on démarre, a annoncé l’un d’eux, sous les regards de deux Blidéens islamo-conservateurs. Heureusement, l’argent dépasse toutes les idéologies. Le groupe a pris une table au fond et s’est assis.
- Qu’est ce que vous buvez ? Une fille en minijupe léopard, rehaussée d’un minuscule haut en plastique vert, est arrivée au bord de la table. Après la stupeur, la commande, puis un long débat s’en est suivi sur l’aspect vestimentaire, un problème qui n’est toujours pas réglé en Algérie. Comment s’habiller ?
- Lu dans le journal, annonce l’un des passagers du groupe. Un couple avec enfant s’est vu refuser l’accès au parc du Lido, à Alger, parce que la femme portait un petit haut à bretelles.
- Lu dans le journal, annonce un autre clandestin. Un procureur a refusé d’enregistrer la plainte d’un homme qui s’est fait tabasser dans un commissariat parce qu’il portait un pantacourt.
- Pas lu dans le journal mais entendu, lui répond Amel, l’autre jeune fille du groupe : un visiteur s’est fait refuser l’accès au ministère de la Culture parce qu’il portait un jean. Toutes les raisons de partir ont été évoquées, jusqu’à ce que les commandes arrivent sur la table. La serveuse s’est penchée vers Saber avec un sourire équivoque :
- Si tu veux autre chose, je suis là, omri. Furieuse, Kawter s’est levée d’un bond, une fourchette à la main. A suivre…



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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Lun Aoû 18, 2008 5:12 pm


Côte à côte (12)

Kawter et Saber, ainsi que le groupe de clandestins, attendent toujours leur destin au Saphir bleu. Tout s’est bien passé, à part une petite dispute idéologique quand l’un des deux blidéens a demandé le prix des filles au Saphir bleu. Entre deux coulées de raï trop sucré et des boissons amères, les tournées se sont succédées ainsi jusqu’à 5h, au moment où Mohand arrive, leur donnant le dernier flash d’informations : une brigade de gardes-côtes s’est installée ici, sur ordre de Ouyahia, paraît-il.
- Il a décidé que tous les Algériens devaient vivre avec lui.
- Et alors ? demande Kawter, inquiète.
- Vous allez être obligés de longer la côte jusqu’à Aokas et filer vers le Nord.
- Nous ? répète Amel aux prises avec Majid qui lui parle carrément dans la poitrine. Mohand sort son enveloppe étanche et leur rend l’argent du voyage.
- C’est Amirouche qui va s’occuper de vous. Vous lui donnerez l’argent.
- Pourquoi vous nous lâchez ? s’emporte Kawter, les yeux rougis par la Tango rouge.
- Je n’ai pas le droit de travailler sur cette ligne. C’est ainsi que le groupe, ivre moins deux, s’est retrouvé sur la plage, l’aube naissante, laissant Majid entonner un chant patriotique en hommage à Poséidon.
- Je vous présente Amirouche, fait Mohand au groupe, qui découvre le nouveau capitaine. Grand, mince et sec, il n’a pas le temps. Il montre la barque posée sur le sable :
- En voiture, Aokas ! Aokas ! Reste une place ! Mohand explique à voix basse :
- Avant, il avait une ligne de J5 Souk El Tenine-Béjaïa, c’est pour ça qu’il parle comme ça.
- Il sait nager ? demande Amel, très incertaine.
- Bien sûr, rassure Mohand, c’est un véritable chien de mer. La barque est rapidement chargée et démarre lentement, caressant l’eau. Passe le cap Aokas et accoste près d’une plage de campeurs en famille.
- Gendarmerie nationale ! Les mains en l’air ! … A suivre



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MessageSujet: Re: Chawki Amari   Lun Aoû 18, 2008 5:13 pm


Côte à côte (13)

Kawter, Saber et le groupe de harraga sont toujours en partance mais ont changé de capitaine. Amirouche, ex-propriétaire d’une ligne de J5 Souk El Tenine-Bejaïa, les a emmenés à Aokas avec sa barque, où ils ont débarqué pour récupérer des bidons d’essence. C’est la Gendarmerie nationale qui les accueille, en kalachnikov :
- Pas un geste ! Descendez tous de la barque ! Stoïque et rebelle, Amirouche a demandé aux gendarmes comment descendre sans faire un geste. L’un des gendarmes s’est énervé et a armé son fusil-mitrailleur :
- Descendez ! Et après, plus un geste ! Et après, personne ne bouge ! Tout le monde s’est exécuté. Il est 6h et les premiers rayons de soleil caressent la jolie petite baie d’Aokas.
- Nous nous promenons en barque, ce n’est pas interdit, explique Amirouche.
- A 6 heures du matin ? Vous vous croyez à Ibiza ? En fait, les gendarmes sont à la recherche de pilleurs de sable et de poseurs de bombes, les uns faisant parfois office des autres, plantant des bombes dans le sable après l’avoir chargé dans des camions. N’ayant rien trouvé de compromettant chez les suspects ni dans la barque, ils les ont relâchés une heure plus tard.
- Filez, antipatriotes ! Il est 7h. Planté sur la plage caillouteuse d’Aokas, le groupe est épuisé.
- Qu’est ce qu’on fait maintenant ? demande Amel, qui commence à regretter Majid du Saphir bleu.
- On attend Amari, explique Amirouche. On charge les bidons et on part. Le Amari en question est arrivé chargé d’essence, une demi-heure plus tard.
- Amirouche, quand tu reviens, tu peux me ramener les bidons vides remplis de whisky ? Après avoir quitté Aokas pour longer la côte jusqu’à Melbou, Amirouche s’est demandé comment les gendarmes les ont trouvés. Il s’est retourné vers l’un des deux Blidéens :
- Tu serais pas un agent du DRS marin chargé d’infiltrer les harraga ? … A suivre



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